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L'amour en cours de route

"Et peut-être bien que dans le fond, toutes les chansons parlent un peu d'amour". C'est par ces quelques mots que Jean-Jacques Goldman introduisait le titre Sache que je lors de sa dernière tournée. Si c'est bien le cas, Goldman fait cependant partie des artistes chez qui Eros se cache bien. Peu d'effusions sentimentales, peu de grandes déclarations.

Une pudeur qui va de pair avec la personnalité du chanteur. Plus que de chansons d'amour, JJG aura surtout écrit des chansons qui parlent d'amour. Au fil des ans, celles-ci auront pris diverses formes, approchant le sujet sous des angles divers, le traitant avec plus ou moins de distance. Ce petit essai aimerait vous faire voyager à travers les diverses périodes des années Goldman, et s'intéresser à l'évolution constante ainsi que spectaculaire de sa façon de traiter le sujet. Si vous voulez bien me suivre...

1976-1985

Cette période est celle qui donnera naissance au plus grand nombre de chansons d'amour, au sens passionnel et viscéral du terme : J't'aimerai quand même, Je ne vous parlerai pas d'elle, Si tu m'emmènes... C'est l'époque de l'amour passion, de l'amour-humour, de l'amour "fragilité". Pour un peu, j'aurais envie de parler - mais ce serait péjoratif - de chansons d'amour "classiques". Ces chansons, et c'est tout à leur honneur, expriment la force du sentiment (Si tu m'emmènes), le besoin de l'autre, la volonté et la certitude d'aimer toujours (J't'aimerai quand même). C'est aussi l'époque de l'amour-humour et de l'amour-tendresse (Tu m'as dit, Je ne vous parlerai pas d'elle), et c'est d'ailleurs dans ce secteur que Jean-Jacques s'illustre le plus. Reste le douloureux constat de la séparation et du manque, qui lié au sentiment amoureux ou pas, inspirera à Goldman la plupart de ses titres les plus émouvants, de cette époque notamment (Laëtitia, Confidentiel, Pas toi, Les nuits de solitude). Comme l'indique le titre de l'album de Jean-Jacques paru au milieu des années 80, Goldman est un artiste "non homologué". Bien que discrets, ses prises de position et ses opinions témoigneront d'un artiste au propos souvent original. Ses premières chansons d'amour ne témoigneront pas de cette tendance, ce qui ne tardera pas.

1986-1996

Désormais, l'amour, comme bien d'autres sujets, ne passera plus chez JJG comme une lettre à la poste. Après avoir exploité depuis près de 10 ans les sentiers archi-rabattus du sentiment, Goldman se détache, observe avec plus de distance, et nous livre un amour sinon plus désabusé, au moins plus grave et plus timoré que durant la première décennie. Appartenir pour commencer, chargée de mots d'amour, flanquée d'une musique emplie de tendresse jusqu'à la conclusion brutale "je ne t'appartiens pas" puis "je n'appartiens qu'à moi". Le froid n'en est que plus intense, plus brûlant. Dans ses accents du sud, un autre grand de la chanson claironnait quelques années plus tôt "je dois juste essayer de lui appartenir, de lui appartenir". Trois ans plus tard, Goldman revient en trio. Le disque s'ouvre par un titre frappant, C'est pas d'l'amour.

Si aucun texte ne doit être pris au pied de la lettre, ni au premier degré, on constatera que c'est encore la remise en question de l'évidence amoureuse qui inspire l'homme en or. "Harmonie, intelligence, et raison ou sérénité, complice, connivence autant de mots pour exprimer tout ce que c'est, c'est un peu tout ça, tour à tour, mais en tout cas c'est pas d'l'amour". Simple mise en scène d'une situation qu'il a approchée, remise en question d'une époque, d'un institution sentimentale, ni plus, ni moins ? Ce texte plus complexe qu'il n'y paraît est dans la veine des chansons "sociologiques" de JJG (Entre gris clair et gris foncé, On n'a pas changé, Plus fort). Goldman parle de l'amour avec distance.

Dans Je l'aime aussi, JJ signe un de ses textes les plus risqués. Il aborde un des thèmes encore délicat de notre société : la polygamie. De plus en plus désabusé, il demande dans le texte "qui mérite ici l'exclusivité [amoureuse] de toute une vie ?" Goldman évoque quelques arguments de choix ("Si l'homme occidental est monogame sait-on si l'amour l'est aussi ? / (...) Dans les marées basses du manque d'amour, béni les vivants même à double tour d'envie"). Le constat claque cette fois sans ambiguïté, et peut choquer. On est bien loin du chanteur mou décrit par certains critiques inspirés. C'est sur cet album que JJ signera probablement l'un de ses textes les plus désabusés : Chanson d'amour. Ambiance glauque, mélancolique. Lorsqu'il évoque l'amour ("Qui pourrait m'en citer un seul qui lui ait donné plus de liberté / Abus de conscience, vulgaire anesthésique, inconscience pathétique / Né pour venger tous leurs échecs donnant-donnant") c'est dans la noirceur. Si la moralité de l'histoire rétablit quelque peu le sentiment universel ("Trêve de discours y'a rien d'pire que l'amour, sauf de ne pas aimer, autant le faire, c'est clair et puis se taire"), c'est uniquement en écrasant l'homme d'une incontournable fatalité, aimer c'est épouvantable, ne pas aimer c'est invivable. JJG n'est pas pour autant un artiste négatif. Simplement rend-il un juste reflet de la réalité en évoquant parfois les couleurs de la vie (Bonne idée, C'est ta chance, Il changeait la vie) et parfois ses zones d'ombre.

Plus ambiguë, Nuit ne ranimera pas la flamme : "Mon intime étrangère, se trouver c'est se défaire". Dans le second album trio, l'amour est surtout décliné dans la chanson Ne lui dis pas. Dans ce titre, JJG suggère de ne pas avouer à son compagnon les doutes et les remises en question sentimentales : "Les peaux s'entendent et se tendent, paupières clauses, qui te prend ? Ne lui dis pas / Mais n'est-ce que ça, était-ce lui ? Ne lui dis pas, ce n'est qu'à toi, rêve plus bas". C'est encore le constat d'une certaine évolution des sentiments premiers qui inspirent à JJG ce texte. Sa vision de l'amour est désabusée, mais JJ semble prêt à composer avec. Son prochain album tendra à prouver le contraire.

1997-1999

La quarantaine avait rendu Goldman plus observateur que jamais. S'il parlait encore en "je", il s'agissait d'une première personne plus distanciée. L'album En passant, qui marque son retour en solo, sonne aussi le retour à une ambiance plus intimiste. Coup de théâtre presque, les chansons d'amour sont à nouveau plus personnelles, plus spontanées pourrait-on dire. Ceci coïnciderait selon certains à certains événements de sa vie privée. Gare toutefois aux étonnantes capacités de projection de Goldman ! L'album s'ouvre par Sache que je. Ce titre se passe d'explications. Le texte est court mais incisif, à l'image de tout ceux de l'album. "Il y a des ombres dans je t'aime, pas que de l'amour, pas que ça".

La réflexion de JJG tourne cette fois autour du mode d'expression du sentiment amoureux. Auteur décidément non-conforme, JJG constate que "je t'aime" est "un malhonnête stratagème, ces trois mots-là n'affirment pas, il y a une question dans je t'aime, qui demande et m'aimes-tu, toi ?" Ce texte rejoint plutôt la période précédente et ses constats de quotidiens, prenant souvent à contre-pied la pensée moyenne. Quand tu danses constitue une sorte d'apogée. JJG avait ému par ces chansons proches des gens, il avait fait réfléchir par d'autres. Le troisième extrait de l'album marie les deux sortes de démarches. A la fois émouvante et poignante ("j'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus / (...) je crois bien que j'aurais besoin de te voir/ (...) quand tu danses, y songes-tu ? "), la chanson pose aussi la question du statut du conjoint après une séparation ("Ami non, ni amant, étranger non plus / (...) Mais que deviennent les amours éperdues ?"). En quelques lignes, émotion et réflexion se côtoient et s'expriment librement.

Plus loin dans le disque, on trouve Les murailles. Dans ce texte, JJG traite de la rupture amoureuse. Un thème vieux comme le monde. C'est l'angle d'approche et l'ambiance musicale de la chanson qui lui donnent toutes sa superbe. Goldman y compare l'amour, édifice que la plupart d'entre nous a cru au moins une fois inébranlable, à ces murailles, elles aussi réputées indestructibles, et au monde de la mine, sans quoi rien ne serait jamais possible... Et pourtant. A chaque paragraphe une institution, et à chaque institution sa déchéance, résumée en une seule ligne, glaciale. Dans cet album, plus personnel que désabusé, Goldman chantera à nouveau l'amour sauveur, sans fioriture "et puis y'a toi qui débarque en ouvrant grand mes rideaux, et des flots de couleur éclatent, et le beau semble plus beau" [Bonne idée]. Les émotions plus spontanées (douleur après la séparation, plénitude de l'amour) sont donc à nouveau à l'ordre du jour, Goldman sait faire plus simple et plus juste que jamais. Finalement, c'est peut-être dans le domaine de l'amour que les propos de JJG ont le plus évolué. Dans ce domaine aussi que sa personnalité a mis le plus longtemps à trouver son rythme de croisière. L'évolution entre les premières années et aujourd'hui est marquante. Reste à découvrir au cours de ces prochaines années si elle se poursuivra, et si oui, dans quel sens.

(c) Julien Schroeter

24 juillet 1999 Tous droits réservés

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