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Né en 17 à Leidenstadt

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Auteur : Jean-Jacques Goldman
Compositeur : Jean-Jacques Goldman
Editée par : Editions J.R.G.

Version originale
Année : 1990
Interprétée par : Fredericks - Goldman - Jones
Distribuée par : C.B.S.

Remarques :
La ville de Leidenstadt n'existe pas. C'est une allégorie qui, en allemand, signifie ville de douleur.

 

Reprises O trouver ce titre Retour au menu

Année Interprète Support Référence Pochette
1990 Fredericks - Goldman - Jones LP Fredericks - Goldman - Jones CBS 467 729-1
1990 Fredericks - Goldman - Jones K7 Fredericks - Goldman - Jones CBS 467 729-4
1990 Fredericks - Goldman - Jones CD Fredericks - Goldman - Jones CBS 467 729-2
1990 Fredericks - Goldman - Jones CD 3 titres (Angleterre) EPC 656 515-5 non disponible.
1991 Fredericks - Goldman - Jones 45 T COL 656 898-7
1991 Fredericks - Goldman - Jones Maxi 45 T hors commerce SAMP 1504 non disponible.
1991 Fredericks - Goldman - Jones K7 2 titres COL 656 898-4
1991 Fredericks - Goldman - Jones CD 2 titres COL 656 898-1
1991 Fredericks - Goldman - Jones Intégrale CD7 COL 469 217-2
1992 Fredericks - Goldman - Jones K7 Les Enfoirés à l'Opéra COL 472 424-4
1992 Fredericks - Goldman - Jones CD Les Enfoirés à l'Opéra COL 472 424-2
2000 Fredericks - Goldman - Jones CD Pluriel COL 498 835-2
2000 Fredericks - Goldman - Jones 8 CD Intégrale 1990-2000 CD1 COL 498 836-2
2003 Jean-Jacques Goldman et Michael Jones K7 Un tour ensemble COL 510 500-4
2003 Jean-Jacques Goldman et Michael Jones CD Un tour ensemble COL 510 500-2


Adaptations trangres Reprises Retour au menu

Année Interprète Support Référence Pochette
2000 Michel Leclerc (piano) CD Recueil Spécial Piano n° 7 CD Hit Diffusion HD/CD 26
2002 Collège de l'Estérel CD Jusqu'au bout de nos rêves... -

Je connais une reprise qui ne figure pas ici !

Paroles Adaptations trangres Retour au menu

Année Titre Langue Interprète Auteur de l'adaptation Pochette
1990 Born in 1917 in Leidenstadt français-anglais Fredericks - Goldman - Jones Michael Jones

Je connais une adaptation qui ne figure pas ici !

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Les chansons sont souvent plus belles... Paroles Retour au menu

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand ?

Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d'un torrent ?

Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d'une foi, d'une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir, tendre une main ?

Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant ?

On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau ?
Ou le pire ou le plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau
S'il fallait plus que des mots ?

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand ?

Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D'avoir à choisir un camp

Les chansons appartiennent  ceux qui les coutent Les chansons sont souvent plus belles... Retour au menu

Philippe Robin : "Né en 17 à Leidenstadt", introduction au piano qui rappelle là aussi la Californie et un californien en particulier.

Jean-Jacques Goldman : Oui, c'est mon californien, c'est l'une de mes grandes rencontres musicales ces derniers temps qui est Bruce Hornsby. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup, sans le connaître, je l'ai croisé une fois mais c'est une des choses les plus intéressantes que j'ai entendues ces derniers temps : Bruce Hornsby and the Range.

Philippe Robin : Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a de séduisant ?

Jean-Jacques Goldman : Là, je suis incapable de répondre. Comment expliquer que la première fois que j'ai entendu Jimi Hendrix ou Aretha Franklin, j'ai eu l'impression de rencontrer des choses qui me touchaient plus que toutes autres. Ça c'est inexplicable !

Coffret audio Fredericks - Goldman - Jones
Sony Music France, novembre 1990


Jean-Jacques Goldman  : Il y a des chansons qui viennent très rapidement, du style "Nuit" par exemple, ou "Comme toi". Bon, ça c'est des chansons qui viennent en deux heures et sur lesquelles il y a quinze jours / trois semaines de travail ensuite, qui sont les arrangements, bon, la tonalité définitive, le tempo, etc... Mais finalement, quand on entend le premier jet, la première maquette et la chanson à la fin, ce n'est pas énormément différent, c'est plus propre. Et puis, il y a les chansons qui demandent un boulot fou, des chansons genre "Là-bas", genre "Je marche seul", en général des chansons rapides, où là, c'est un enfer,ou alors "Leidenstadt" par exemple, qui restent longtemps de côté : ou je ne trouve pas le refrain, ou alors j'en trouve un qui est nul, ou la tonalité n'est jamais la bonne, ou le tempo n'est jamais bien, faut remixer, faut ré-enregistrer, enfin voilà : les chansons à problèmes...

Europe 2, 10 mars 1991


Jean-Jacques Goldman : C'est un titre référence à l'une de mes grandes rencontres californiennes, Bruce Hornsby, qui a déjà sorti trois albums fantastiques... Cela parle du poids de la pression sociale, sur les choix de nos consciences... Né dans une époque, dans une famille, dans une société différente, peut-on jurer que l'on n'aurait pas été nazi en Allemagne de 33, ou raciste en Afrique du Sud ! Je n'excuse pas le racisme, mais je trouve que l'on se donne parfois bonne conscience à peu de frais. Nous sommes tous manipulés par le contexte social du pays dans lequel on vit.

Salut, 1991


Jean-Jacques Goldman : C'est sur le poids de la pression sociale, sur les choix de nos consciences, sans doute est-il plus facile d'être anti-raciste aujourd'hui qu'il n'était aisé de l'être en 33 en Allemagne. A cette époque, 90 % des gens ont voté pour Hitler. Alors est-ce que ça veut dire que 90 % des Allemands étaient des salauds ?

Date et lieu inconnus


Antoine de Caunes : Sur la première chanson du disque, Serre-moi, il y a une évocation discrète à Léo Ferré, au Léo Ferré d'"Avec le temps", un artiste engagé comme on disait avant. Est-ce qu'on peut dire que Rouge, le nouvel album, c'est une forme d'engagement que vous prolongez après des chansons comme Né en 17 à Leidenstadt, Il suffira d'un signe ou Comme toi ?

Jean-Jacques Goldman : Il n'y a pas vraiment une forme d'engagement dans Né en 17 à Leidenstadt. Un engagement dans le sens de Ferré, c'est de prôner des solutions. Moi, je ne prône pas de solutions, je pose juste des questions péniblement.

Nulle Part Ailleurs
Canal +, 24 novembre 1993


Jean-Luc Cambier : Tu sembles considérer les guerres comme une fatalité de l'Histoire, non de la nature humaine. C'est, d'une certaine manière, optimiste puisqu'on peut plus facilement changer les circonstances que l'homme.

Jean-Jacques Goldman : Oui, c'est d'ailleurs le thème de la chanson "Né en 17 à Leidenstadt" ("si j'étais né sur les ruines d'un champ de bataille, aurais-je été meilleur ou pire que ces gens si j'avais été allemand ?" ). L'Europe occidentale est en paix depuis 50 ans et, ici, tous les problèmes d'un jeune de 20 ans, c'est de choisir entre une R5 ou une Peugeot 106. En Algérie aujourd'hui, il faut choisir entre être égorgeur, complice ou égorgé. Le jeune Bosniaque n'a même pas ce choix.

Goldman à l'heure de ses vérités
Télémoustique, 1994


Liliane Roudière : Avez-vous d'autres certitudes en péril ?

Jean-Jacques Goldman : Une question très claire : Si j'étais né en 17 à Leidenstadt. Quand je nous vois défiler dans des manifestations antiracistes, je suis absolument persuadé que ce n'est pas parce qu'on est meilleur, mais que l'on a été élevé dans certaines conditions, avec une certaine culture, dans un certain confort, ce qui fait qu'on a les moyens d'être comme ça. On peut se poser des questions sur nos propres vertus. Existent-elles vraiment ? Est-ce que l'on ne serait absolument pas dans les tortionnaires si l'on avait été dans ces conditions-là ?

Portrait
Solo n°2, novembre-décembre 1997


Patrick Simonin : "Né en 17 à Leidenstadt", c'est une autre chanson chantée avec Carole Fredericks et Michael Jones. Et là, il y a l'interrogation : qu'aurais-je fait, et qu'est ce qu'on peut faire, est-ce qu'on peut nous épargner d'avoir à choisir aussi ? Cela veut dire que l'homme en lui-même a quand même des ressources ? Même dans les situations les pires, il y a toujours quelque chose de bon ?

Jean-Jacques Goldman : Moi, ce que je dis à la fin c'est : souhaitons de ne jamais à avoir à faire ces choix. Bon, il y a une phrase de Marx qui explique bien cela, c'est que les données objectives déterminent la conscience, c'est-à-dire que l'on va penser en fonction de la façon dont on a été élevé, en fonction de ce qui se passe sur le plan social, sur le plan historique et on n'est que cela. Alors de temps en temps, il y a des personnes qui s'élèvent contre ces espèces de torrents qui font que, en Afrique du Sud, 99% des Blancs probablement étaient pour l'Apartheid pendant un moment. Ce n'est pas parce qu'ils sont plus mauvais que nous. C'est parce qu'il n'y a pas eu la Révolution Française avant, c'est parce qu'il n'y a pas eu Jules Ferry, parce qu'il n'y a pas eu les mêmes écoles, parce qu'ils ne viennent pas du même endroit. Mais est-ce qu'ils sont plus mauvais que nous et nous surtout meilleurs que les autres ? Cela, j'en doute.

Questions à Jean-Jacques Goldman
TV5, 20 novembre 1999


Jean-Jacques Goldman : Enregistrement compliqué. Finalement il fallait légèrement changer le tempo à chaque couplet sinon ça ne collait pas. Peut-être la chanson qui justifie le mieux notre trio.

Livret de Pluriel


Gilles Médioni : Dans "Un goût sur tes lèvres", vous demandez : "Combien d'échecs avant que l'on comprenne ? / Et d'autos brûlées pour voter FN" ?

Jean-Jacques Goldman : C'est une déclinaison de "Né en 17 à Leidenstadt" (1990). Comment réagirions-nous dans une situation exceptionnelle, comme en 1939-1945 ? Et s'il fallait entrer dans un maquis ? Et si l'on était capturé ? Evidemment, je ne souhaite pas faire face à ce genre de choix, mais cela reste un enjeu. On ne sera probablement jamais dans le troisième avion [du 11 septembre], où certains se sont révélés des héros

Gilles Médioni : Vos textes débordent toujours de points d'interrogation.

Jean-Jacques Goldman : Sur ce plan-là, oui. J'aime puiser des enseignements du passé, peut-être parce que je suis peureux de nature.

L'Express, le 20 décembre 2001
Une chanson est forcément populaire


François-Xavier Menou : Est-ce qu'après quinze années de scène, on maîtrise mieux les réactions du public aux chansons, à la mise en scène ?

Jean-Jacques Goldman : Beaucoup plus, mais dans certaines limites. Il y a des choses que l'on n'envisage pas, il y a encore des questions. On est parti sur ce début de tournée en se demandant si on pouvait, par exemple, se faire succéder deux chansons lentes, assez longues. Bon, eh bien on a attendu d'avoir les réactions du public pour obtenir une réponse. Ensuite on hésitait entre deux chansons, donc on les a jouées alternativement un jour sur deux : un jour "Tout mais pas l'indifférence", et l'autre jour "Leidenstadt". Et on s'est rendu compte qu'il y en avait une qui fonctionnait mieux. Donc il y a des choses que l'on sait, que l'on contrôle à peu près, mais il y a quand même une grande part d'imprévu, et là c'est le public qui décide.

Jean-Jacques Goldman : Le faiseur de chanson
Côte Basque Magazine, le 10 juillet 2002


Raphaël Toledano : Quand vous composez vos chansons, comment procédez- vous ? Vous grattez, vous trouvez des musiques et puis, les textes viennent après ou bien... ?

Jean-Jacques Goldman : J'ai les deux phases. C'est-à-dire : je suis à mon piano ou à ma guitare et je trouve des petits bouts de mélodies, des choses comme ça, que je stocke sur un dictaphone. De la même façon, je fais une rencontre, je croise une situation ou je lis quelque chose et j'ai une idée de texte qui vient. Ça peut être : "et moi, si j'étais né en 17 à Leidenstadt" ou alors "ça ressemble à n'importe quoi mais ce n'est pas vraiment de l'amour, cette relation". Voilà. Et puis ensuite, quand j'ai suffisamment d'idées, je fais les mariages entre les musiques et les textes.

Rencontre avec Jean-Jacques Goldman
L'Arche n° 535, septembre 2002


Raphaël Toledano : Dans "Né en 17 à Leidenstadt", vous disiez : finalement, si j'étais né allemand, bercé d'humiliations, de haine et de revanche, je serais peut-être devenu nazi. Pour vous, le nazisme c'est lié à cette situation de l'Allemagne vaincue, humiliée. N'y a-t- il que cela ?

Jean-Jacques Goldman : Non. Les accidents, en général, sont des concours de circonstances. Et l'Allemagne, c'est un concours de circonstances explosif entre une situation particulière et un passé particulier. C'est sûr que ce ne serait pas arrivé en Suède. Marx disait que "les données objectives déterminent la conscience". Cela veut dire qu'en Afrique du sud, si tout le monde est raciste, ce n'est pas par hasard. Si dans les banlieues difficiles où l'on brûle des voitures, le FN arrive à 15 ou 20 %, ce n'est pas par hasard et ce n'est pas parce que les gens sont plus méchants. De la même façon, si l'Allemagne a pu permettre qu'Hitler arrive au pouvoir, ce n'est pas par hasard. C'est parce qu'il y a eu des "données objectives" qui ont fait que ces gens-là, tout à coup, ont pu supporter, d'une façon ou d'une autre, que leur pays brûle six millions de personnes. Je pense que tout être humain peut devenir barbare dans certaines conditions. Il faut prendre conscience de cela et ne pas penser que l'homme est bon.

Rencontre avec Jean-Jacques Goldman
L'Arche n° 535, septembre 2002


Les chansons appartiennent  ceux qui les coutent Retour au menu



Dans "Né en 17 à Leidenstadt", Jean-Jacques Goldman évoque l'autre côté de sa généalogie. "Comme toi" fait référence à ses origines polonaises (par son père), mais "Né en 17 à Leidenstadt" (dont je rappelle que le lieu, utopique, signifie "ville de la douleur" en allemand) rappelle que sa mère est née en Allemagne. Jean-Jacques aurait très bien pu naître 34 ans plus tôt, en Allemagne, au lieu de naître à Paris XIX en 1951. Un Allemand né en 1917, dans les ruines de la première guerre mondiale, dans l'humiliation des accords de Versailles qui ont ravagé l'Allemagne dans les années 30, atteint l'âge de 16 ans en 1933, l'âge de la révolte, mais surtout l'année où Hitler est arrivé au pouvoir. Ne peut-on pas comprendre ces jeunes à qui Hitler a donné des activités, une raison de vivre, des boucs-émissaires, l'espoir d'un lendemain meilleur ? De la même manière, Michael Jones s'imagine en ami de l'IRA, et Carole Fredericks en Blanche à Johannesburg.

Et le refrain fait taire les donneurs de leçons à bon compte :
On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau ?
Ou le pire ou le plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau
S'il fallait plus que des mots.
(Né en 17 à Leidenstadt)
Des questions, mais pas de réponses, car y en a-t-il seulement ? 
"Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D'avoir à choisir un camp".
(Né en 17 à Leidenstadt)
Et trois ans plus tard, c'est "Frères"...

Pour finir, ne croyez pas que je justifie l'horreur nazie. Je comprends, avec Jean-Jacques, comment le peuple allemand et surtout les jeunes ont pu suivre Hitler, lui qui était lantithèse du peuple aryen dont il prônait la supériorité avec tant de hargne. C'est pourquoi il faut beaucoup de pédagogie vis-à-vis de la base (sinon cela donne "Peurs"). C'est pourquoi le message de l'extrême-droite doit être combattu.

Pour conclure, j'aimerais citer Jacques Attali (Verbatim I, page 10), l'ancien conseiller spécial de François Mitterrand :

"Avec de Gaulle, le choc ne pouvait être que frontal : ils se ressemblaient trop par leur passé, leur quête respective, leur destin. L'un et l'autre sont provinciaux et mystificateurs. L'un et l'autre ont rêvé d'incarner la France, patrie et terroir. Le premier permit aux Français de se croire résistants alors qu'ils avaient accepté dans l'ensemble la collaboration. Le second leur a permis de se croire réformateurs alors qu'ils sont, dans leur très grande majorité, conservateurs".

La lutte de Gaulle / Mitterrand illustre tout à fait l'ambivalence et la contradiction du peuple français.

Jean-Michel Fontaine
Là-Bas, 19 janvier 1996



Dans cette chanson, je vois trois personnes qui tentent de refaire le monde, et de se voir à la place de nos soldats. Auraient-ils fait mieux qu'eux, auraient-ils trahi, auraient-ils fait pire qu'eux, ils ne le savent pas, ils ne peuvent le savoir, puisqu'ils ne l'ont pas vécu en temps et en heure.

Une chanson qui n'aura pas de réponse sans conditions, on ne peut qu'imaginer si on avait été dans cette situation. Une belle leçon de morale, qui fait réfléchir et qui nous fait nous poser les mêmes questions : qu'aurait-on fait, nous aussi ?
Mais, une demande aussi : "qu'on nous épargne à toi et à moi pendant très longtemps d'avoir à choisir un camp".

Parce que choisir un camp, ce n'est pas évident, choisir, pour la victoire, ou l'humiliation, pour la violence ou la révolte, pour la vengeance ou la résistance, meilleure ou pire...

Voila ma vision des choses.

Stéphanie Saint-Martin
En passant, 11 février 2003



Pour la petite histoire, en ce moment, je vis en Allemagne et une des premières choses que m'ont demandé les Allemands à propos des Français (à part les banalités sur la baguette, le camembert et le vin rouge) c'est si la jeunesse française en voulait encore aux Allemands pour la seconde guerre mondiale... Je voulais leur traduire cette chanson, parce qu'elle parle d'elle même. Parce que la jeunesse française n'a pas le droit de condamner une autre génération pour des événements qui se sont passés alors qu'elle n'était pas née. Je ne crois pas à cette maxime, "l'histoire se répète !" mais je dis que cette chanson nous pousse à faire attention, car l'aveuglement des populations, lui, perdure. Qui dit que là, en ce moment, on ne voit pas un danger qui marquera la génération de nos enfants ?
 
A chaque fois, que j'écoute cette chanson, j'espère qu'on n'aura jamais à "montrer ce qu'on a dans nos ventres" ! 

Dorothée Bouquet
En passant, 11 février 2003



Et si j'étais né en 1976 en Bosnie
Sur les charniers de 1945,
Aurais-je été un de ces nouveaux oustachi ou un résistant
Si j avais été croate ?

Et si j'étais né en 1980 à Sarajevo
Sans grand-père tué par le tchetniks de 45
Et mon père par un sniper en 92
Aurais-je la force de prendre un café avec un serbe ?

Et si j'appartenais à cette famille tuée par un extrémiste
Si les miens s'étaient fait tirer dessus par ce musulman
Pourrais-je encore entendre ce chant de Muezin à l'heure de la prière ?

Laure V.R, Sarajevo
En passant, 11 février 2003



Stéphanie Saint-Martin a crit :

Parce que choisir un camp, ce n'est pas évident, choisir, pour la victoire, ou l'humiliation, pour la violence ou la révolte, pour la vengeance ou la résistance, meilleure ou pire...
Mais il faut pourtant choisir un camp. Celui de ceux qui n'ont pas tué, celui de ceux qui ont su conserver leur tolérance. Ne jamais décider d'un camp géographique ou ethnique. Il y a des meurtriers et des héros partout. A nous de choisir de quel côté être.

Je vis à Sarajevo. Ici l'histoire a sacrement tendance à se répéter : première et deuxième guerre mondiale, un arrière grand-père, puis un grand-père se sont fait tuer. En 1992, cest son père qui sest fait tuer. Toujours par un de l'autre camp.

L'histoire se répète tous les 50 ans. Nous avons 40 ans de répit. Espérons que d'ici là, ils auront tous dû analyser cette chanson à l'école. Peut-être que ça changera le dicton. Les Français n'ont pas le droit de condamner une autre génération, mais ici, c'est toujours la même génération, et on peut encore croiser les criminels de guerre entre deux montagnes.

Peut être faudrait-il mettre sur le site la traduction de cette chanson dans toutes les langues possibles...

Laure V.R.
En passant, 11 février 2003



Laure V.R. a crit :

Mais il faut pourtant choisir un camp. Celui de ceux qui n'ont pas tué, celui de ceux qui ont su conserver leur tolérance. Ne jamais décider d'un camp géographique ou ethnique. Il y a des meurtriers et des héros partout. A nous de choisir de quel côté être.
Je ne suis pas vraiment d'accord avec toi, il n'y a pas des camps où l'on tue, ou des camps où l'on ne tue pas. Dans toutes les batailles, il y a des morts dans les deux camps. Ensuite, à toi de faire ton choix, quand à ton camp, tu te bats pour des valeurs et des convictions, mais tu peux autant tuer qu'être tué. Faut pas croire que parce que tu seras dans le camp des "gentils", forcément tes mains ressortiront blanches. Ce nest pas vrai.

Stéphanie Saint-Martin
En passant, 12 février 2003



Mais, c'est justement ce que nous dit cette chanson : on n'a pas le droit de juger le passé, l'histoire, ce dont nous sommes faits, car qu'aurions-nous choisi, nous ? Laure, tu dis qu'il faut choisir son camp, celui des héros... : les héros sont toujours dans le camp des vainqueurs, mais on ne sait pas a priori de quel côté sera la victoire ! Les seules personnes qui peuvent juger telle ou telle prise de position sont celles qui, elles, ont su ou ont pu dire "non". Puisque cette chanson parle en particulier de la seconde guerre mondiale, reprenons cette époque. Bien sûr que dans notre existence actuelle, où l'on n'a pas besoin de faire des choix qui auront pour conséquence de vie ou de mort, on se dit qu'on n'aurait jamais pu collaborer. Mais, si à l'époque j'avais mon bébé qui mourait de faim, et que ma seule possibilité pour le nourrir était de m'engager dans la milice (qui elle payait) ? Exemple qui peut paraître stupide, mais qui rejoint tellement souvent la réalité de l'époque. Nos "chers" livres d'histoire ont tellement diabolisé les "méchants" collaborateurs qu'on a l'impression que personne ne pourrait plus le devenir. Et je pense que le danger est là.

Non, décidément, je me refuse à juger. Mais si en parler pouvait nous éviter d'avoir à refaire ce choix....

Anne Micouleau
En passant, 12 février 2003



Oui, il y a des morts dans tous les camps, mais justement, quel que soit le camp auquel on est censé appartenir, il faut tout tenter pour pouvoir un jour répondre à la question "aurais-je été meilleur ou pire que ces gens si j'avais été allemand" ; par "meilleur, je l'ai vécu".

Oui, personne ne sait jamais, mais, il y a bien des pays au monde (dont celui où je vis, Bosnie), où la plupart des gens ont connu cette situation.

Laure V.R.
En passant, 12 février 2003



A mon sens, ce texte nous enseigne l'humilité et la tolérance. Je le trouve clair, net et sans ambiguïté. Voici mon interprétation :

L'introduction "Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt" donne la tonalité générale du texte : Et si j'étais né en 17 dans une ville de souffrance... On peut penser que malgré la consonance allemande de cette ville, ce pourrait être aussi bien une ville de France, Verdun, par exemple, a été une ville de souffrance durant la première guerre mondiale. Et si à l'image de l'Allemagne, la France avait trouvé un Hitler, comment aurions-nous réagi ?
Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance
Nourri de rêves de revanche
(Né en 17 à Leidenstadt)
Chaque strophe est marquée par une hypothèse qui renforce l'idée qu'un environnement brutal et malsain peut conduire les gens au pire et que nous-mêmes ne sommes pas à l'abri.
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens, Si j'avais été allemand ?
()
Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast
()
Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg
(Né en 17 à Leidenstadt)
D'ailleurs, qui sommes-nous réellement ? Dans notre univers aseptisé et en temps de paix (en France en tout cas puisqu'il s'agit d'un compositeur français), nos instincts de survie ne sont pas menacés, nous pouvons continuer à jouer le rôle que la société nous impose malgré nous et nous n'avons aucune idée de quoi nous sommes capables dans le pire
On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
(Né en 17 à Leidenstadt)
En conclusion, "aurais-je été meilleur que les Allemands" ? Ne leur jetons pas de pierres. Mais "je" ne veux pas le savoir, et surtout que nulle haine nous entraîne vers ces mêmes abysses guerriers pour ne pas avoir à payer un prix pour sa propre survie.

Je voudrais ajouter que toutes les personnes qui connaissent un peu la biographie de JJG savent de quoi il parle, puisque sa famille a souffert de la deuxième guerre mondiale, que des parents sont décédés, déportés et que son père a lutté activement. Il s'agit pour moi d'une leçon supplémentaire d'humilité qui donne à réfléchir.

Étoile de mer
En passant, 12 février 2003



Moi, je trouve cette chanson superbe, car ce qu'il dit au travers d'elle est tellement vrai. Selon moi, cette chanson signifie que souvent les paroles sont belles, mais que les actes, eux, le sont moins. Quand vient le moment de savoir qui l'on est vraiment, et ce que l'on vaut dans des situations délicates, c'est à la fois un appel au respect et à la tolérance. En effet, il ne faut pas juger les autres, parce qu'on ne sait pas comment nous serions à leur place, mais essayer de les comprendre à travers leurs conditions.

Voilà, pour moi cette chanson est l'une des meilleures qu'il ait écrite, et elle encore plus belle dans la version live 2002 au Réservoir, juste dommage qu'il n'y ait pas la voix de Carole Fredericks.

Joëlle Depagne
En passant, 13 février 2003



 

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