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JJG, l'anti-star à l'étoile rouge.
(Le Soir Illustré (Belgique), le 18 mai 1994)

JJG, l'anti-star à l'étoile rouge.
Le Soir Illustré (Belgique), le 18 mai 1994
Joelle Lehrer
Retranscription d'A.R.

Il a toujours été une anti-star. Il ne l'a jamais fait exprès. Aujourd'hui, quand on parle de lui, on rappelle qu'il est toujours le recordman d'affluence à Forest National. Et c'est vrai. Nous, on l'a revu juste après. Après ce premier soir où l'étoile rouge a éclaté. Deux heures et quelques de grands moments. Le lendemain, Goldman était souriant...

On ne se souvient pas d'avoir vu des fleurs dans la loge de l'artiste. Il aurait pu y en avoir. Des grandes et des belles. Pas forcément rouges, d'ailleurs. Il portait 2 vestes et même avec ça, il n'a pas l'air épais. On ne se souvient pasqu'il faisait frais. Il n'a pas demandé comment on avait trouvé le spectacle et si on appréciait le disque. Il n'a jamais cherché les flatteries. On avait été très content d'entendre les vieilles chansons. Très. Parce que les nouvelles, on ne sait pas si, un jour, on les connaitra par coeur. A part une. Mais à part ça, on est toujours fan de Goldman. Et franchement, ce n'est pas original. On était huit mille, la veille. Et on avait tout trouvé génial. Les tambours fluos dans l'intro de "A nos actes manqués", le film avant "Juste après", l'arrivée des Choeurs de l'Ex-Armée rouge et l'étoile rouge superbe qui pétait à la fin comme un ballon. C'est beau, une étoile rouge. Et même si c'est le symbole d'un truc qui a vécu et qu'on n'a pas vraiment connu... Tiens, c'est peut-être pour ça que Philippe Busquin était au concert ? Goldman dit que ce sont les idées qui sont grandes et belles et pas forcément les hommes. Mais lui, on est des milliers à le trouver vraiment bien.

LSI : Apparemment, le fait d'avoir intitulé votre nouvel album "Rouge", ça vous attire des sympathies socialistes. Et les communistes ?

JJG : Oui, aussi. Depuis la sortie du disque, je reçois, toutes les semaines, une lettre du Parti communiste français qui me demande de participer à l'une ou l'autre chose. Alors, à chaque fois, je leur explique que pour moi, ils sont les fossoyeurs de ces idées-là et qu'ils n'ont pas dû bien comprendre "Rouge".

LSI : Vous commencez et terminez le concert avec "Serre-moi". Ça pose la question de savoir où, à notre époque, trouver encore du réconfort.

JJG : Oui, justement, là, au creux d'une épaule. Je suis sûr que même dans les camps de Somalie ou entre 2 nuits de réglements de comptes entre l'A.N.C et les Zoulous, où il y aura 27 morts en un week-end, il y a une fille qui pose sa tête sur l'épaule d'un type et elle a l'impression d'être invulnérable, et le mec a cette même impression, l'espace d'un moment.

LSI : Juste un moment ?

JJG : Oui, c'est déjà pas mal. Vous voulez le bonheur pour toujours ? C'est une autre histoire et ce n'est pas dans l'album.

LSI : Ce qui plait dans vos chansons et pas uniquement les dernières, c'est qu'elles rappellent qu'il existe un lien entre les humains, tous les humains.

JJG : Oui, mais pas forcément. J'ai l'impression que le vrai débat, il est là, maintenant. S'il y a un débat politique, c'est celui-là. C'est-à-dire, est-ce la solution, c'est le système des gagnants et des perdants ? Les gagnants ayant les moyens de construire des murs autour d'eux de façon à se protéger des perdants et de posséder des voitures blindées de façon à ne se voir qu'entre gagnants. Ou est-ce que c'est de vivre avec une société qui soit cohérente ? Avec des gens qui bougent. Aux Etats-Unis, ils ne sont pas au courant qu'il y a un lien entre tous les humains. Ce n'est pas leur système de vie. Je me dis qu'ils passent à coté de quelque chose. Ce n'est pas intéressant de vivre avec des murs autour de soi et de ne pas rencontrer que des gens qui nous ressemblent. C'est intéressant de se promener dans une ville et de ne pas avoir peur des gens que l'on rencontre.

LSI : Ce sont les politiques qui ont construit les murs ?

JJG : On parle de pays démocratiques. Il ne faut pas attribuer aux politiques la puissance qu'ils n'ont pas. On a les représentants que l'on mérite. Si à Marseille, ils votent pour Tapie, c'est eux qui l'ont amené, ce n'est pas Big Brother. Je pense que les politiciens, si on les laisse être corrompus, ils le seront, et si non, ils ne le sont pas. C'est vraiment une question de pression populaire.

LSI : Vous évoluez vers plus de visuel dans le spectacle mais surtout avec ce livre superbement illustré par Lorenzo Mattoti, livre qui accompagne l'album. Vous n'allez pas en rester en là ?

JJG : Je crois que oui, dans le sens où j'ai 2 certitudes. La première, c'est celle de la prééminence de l'image dans toutes les formes d'art. Même en littérature, si le gars présente bien, il va vendre plus de livres que s'il s'exprime mal. La deuxième certitude que j'ai, c'est que je suis incompétent pour ça. Je ne suis pas un type d'images. Je ne vais pas dans les musées, je ne suis pas ému par un tableau quel qu'il soit, je ne vais pas au cinéma ou très peu, je ne regarde pas la télé, je n'aimais pas la BD quand j'étais petit... Alors, c'est un problème mais c'est pour cela que j'essaie de m'entourer de gens compétents puisque je suis persuadé que c'est très important, ne serait-ce que pour faire passer une autre musique.

LSI : Donc, on ne peut pas imaginer que vous suscitiez un film plus tard ?

JJG : Non, mais peut-être que je pourrais écrire un scénario ? Imaginer des histoires, c'est ce que l'on fait dans les chansons.

LSI : Eddy Mitchell vient de sortir son premier roman. Vous n'en avez pas un dans vos tiroirs ?

JJG : Non, je n'ai pas le souffle pour ça. Moi, ce serait plutôt des articles comme un journaliste ou un chroniqueur. Je crois que la chanson s'apparente à ça.

LSI : Vous avez dit, récemment : "Il faut être créatif et pas forcément rêveur".

JJG : on peut être créatif sans être forcément rêveur et rêveur sans être forcément créatif. Enfin, non. Il faut quand même un peu rêver et imaginer pour créer, je suppose.

LSI : Peut-être faut-il rêver la nuit et créer le jour ?

JJG : C'est ça oui. Un rasta qui fume toute la journée et plane tout le temps, ce n'est pas forcément Bob Marley.

LSI : Pour ce nouvel album, vous vous êtes laissé attirer par les voix de l'Ex-Choeur de l'Ex-Armée rouge et Mystères des voix bulgares - mais étonnament pas par les musiques de L'Est..

JJG : Oui cela fait partie des scléroses de tout auteur-compositeur. On peut changer dans la forme. C'est-à-dire que je peux faire un disque avec les Choeurs de l'Armée Rouge et des chanteurs pygmées, la prochaine fois, ou en Afrique du Sud comme l'a fait Paul Simon mais, non ne change pas beaucoup dans le fond, malheureusement. Sur le fond, ce sont des harmonies, un style et un passé qui sont les nôtres et dont on sort peu. Je crois que c'est valable pour tous. Moi, je n'ai pas beaucoup une culture de l'Est même si mes parents venaient de là. On n'écoutait pas beaucoup de musique. Finalement, ce que j'ai entendu, c'était de la variété française, ce qui passait en radio et en télé ainsi que la musique classique quans on m'a mis ce violon dans les mains.

LSI : Justement, ce violon, vous l'avez ressorti pour en jouer en concert, hier. Ça vous fait quoi ? Vous êtes-vous senti petit garçon ?

JJG : (il rit) Je me suis senti peureux parce que c'est un instrument extrêment difficile à maitriser. Ce sont des cordes que l'on frotte avec du crin et qui résonne dans une boite en bois. Et puis, il n'y a pas de cases pour les doigts. En plus, on le joue plus bas qu'avant, donc le doigté a changé.

LSI : En tout cas, les gens ont aimé ce violon.

JJG : Ils aiment une expression directe avec quelqu'un qui joue pour de vrai. On est tous sensibles à quelque chose de tangible.

LSI : Dans le livre qui accompagne "Rouge", vous écrivez être passé de vos 14 à vos 40 ans directement. Allez-vous nous faire une petite crise d'adolescence bientôt ?

JJG : (il rit) Je crois que c'est perdu. Non, vous pensez que ça peut encore venir ? A l'aube de mes 50 ans ? Je ne sais pas s'il faut que je m'en réjouisse.

LSI : Donc, vous ne vous êtes jamais révolté ?

JJG : C'est marrant, on m'a posé la question, hier. J'ai dit "non" d'autant que j'étais dans une famille très révoltée, très militante, et moi, j'étais un peu le traitre de la famille puisque je ne m'intéressais qu'à la musique et aux filles. Disons que j'étais un peu la risée de la famille dans le sens où à table, ça parlait de Cuba et moi, je ne savais même pas où c'était.

LSI : Vous étiez le débile de la famille ?

JJG : Oui, enfin, moi, je leur parlais de Jimi Hendrix et je les trouvais débiles de ne pas le connaitre. D'un autre côté, j'avais une volonté très calme de choisir ma vie et qu'on ne choisisse pas à ma place. Et quand je les vois, j'ai l'impression d'avoir été moins victime de l'existence qu'eux. Ça ne veut pas dire qu'ils sont malheureux. Ce sont des gens très bien. J'ai l'impression d'avoir plus choisi que la majorité de mes contemporains. Donc, c'est une façon, sans être rebelle, cheveux au vent - d'ailleurs, je n'ai plus le choix, maintenant... - exacerbé ; de décider quelques principes de son existence et de ne pas se laisser dompter par elle.

LSI : 20 ans après, vous êtes content de vos choix ?

JJG : J'ai, en tout cas, l'impression que c'était les miens.


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