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Artist News - Le mensuel Sony Music - n°114 Septembre 1997
(Vincent Blaviel, Eric Ferrua et Philippe Bonnin)

Artist News - Le mensuel Sony Music - n°114 Septembre 1997
Vincent Blaviel, Eric Ferrua et Philippe Bonnin

Le comité de rédaction du journal vient d'écouter (et réécouter) le nouvel album de Jean-Jacques Goldman, “En Passant”. Un album solo après, dans le désordre, les “périodes” Fredericks-Goldman-Jones et l'écriture pour Céline Dion, Khaled, Johnny Hallyday, Florent Pagny. Nous décidons de noter nos impressions, nos questions et de les soumettre à l'auteur. Voici l'intégralité de cette correspondance.

Nos premières impressions. Deux points font spontanément l'unanimité. En premier lieu, cet album a le ton et le son d'une conversation intime avec un pote. Une conversation nature et surtout des textes. Textes sur lesquels nous souhaitons revenir. D'autre part, la discussion est sérieuse. Les chansons, “Bonne idée” exceptée, se succèdent comme une litanie de constats, tous très durs. Constats d'un auteur sur son époque, sur lui-même.

Question d'introduction (presque inquiète) : - Artist News : «Cet album serait-il une photo à l'instant "t" des pensées de Jean-Jacques Goldman ou est-ce un recueil des vagues à l'âme passagers qu'il a traversés ces dernières années ?» - Jean-Jacques Goldman : «Je n'ai pas conscience de cette dureté d'ensemble. Les thèmes se sont imposés parmi d'autres, un par un, peu à peu. Sans intention conceptuelle. J'aime bien les constats. Et tout constat comporte une part de noirceur. Mais il ne me semble pas qu'ils soient véritablement désespérés.»

Questions faisant références aux textes des chansons et donc précédées d'extraits de ceux-ci.

Titre 1 : “Sache que je” «Il y a des ombres dans je t'aime Y'a du contrat dans ces mots-là. Tu dis l'amour a son langage, Et moi les mots ne servent à rien. S'il te faut des phrases en otage, Comme un sceau sur un parchemin, Alors sache que je.» Titre 3 : “Tout était dit” «On ne ment qu'avec des mots, Des phrases qu'on nous fait apprendre. Mieux vaut de beaucoup se fier aux apparences.» - Artist News : Tout au long de l'album, ce qui nous a marqué, ce sont les textes. Et premières chansons, premier paradoxe. Ces mots qui sont ton "arme" principale, tu sembles dénoncer leur caractère illusoire, tout au moins t'en méfier. Goldman et les mots, c'est “je t'aime moi non plus” ? - Jean-Jacques Goldman : «Les mots peuvent être des habits personnels comme des uniformes. Pleins de toi ou de vide de toi, des mots d’”autres”. C'est la gamine qui, cet été, a dit “je t'aime” de toute son âme ou Michaël Jackson “I love you” comme chaque soir à 21 h 18. Je me méfie des mots vides sans personne derrière. Mais on apprend à les détecter. Et les autres, ceux qui sont pleins de nécessité, de vérité, de moelle, sont délicieux.»

Titre 2 : “Bonne idée” «Des routes et des motards et des matches de rugby Des spaghetti, Frédéric Dard et Johnny Winter aussi.» - A.N. : Toujours à propos de textes. Parmi les bonnes choses que nous réserve la vie (cf. extrait), tu cites Frédéric Dard, grand manieur du langage. Comment décrirais-tu son style à quelqu'un qui ne l'a jamais lu ? - J.-J. G. : «Les mots de Frédéric Dard ont une odeur, des poils, de la sueur, des frissons. Ils te touchent, mais tu peux aussi les toucher.»

Titre 3 : “Tout était dit” - A.N. : Cette chanson divise la rédaction (tu y observes une fille seule en train de prendre un café dans un bar, ses attitudes, ses gestes). Les uns y voient d'abord le constat de deux solitudes immenses qui ne se rencontreront pas : «Quatre mètres infranchissables, un bar, un après-midi» Les autres y voient surtout que les gestes et les attitudes nous apprennent bien plus sur les gens que les mots qu'on échange : «Dans chacun de ses gestes un aveu, un secret dans chaque attitude». Peux-tu arbitrer ? - J.-J. G. : «Il y a deux angles. Le thème principal est bien que les apparences disent l'essentiel (jusqu'à l'inconscient). En gros, que les apparences n'en sont pas. Mais la dernière phrase "Quand elle disparaît de ma vie", donne un autre sens à ce "Tout était dit" comme vous le notez, c'est l'acte manqué Quotidien !»

Titre 4 : “Quand tu danses” «J'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus. Mais que deviennent les amoureux perdus. Quand tu danses y songes-tu ? (bis) Amis non, ni amants, étrangers non plus. Mais quel après, après s'être appartenus ?» - A.N. : Est-ce un constat amer et définitif sur l'usure de l'amour ou reste-t-il un espoir ? - J.-J. G. : «Non, je ne crois pas que ce soit le thème de cette chanson. Il s'agit en fait de la question : “quel type de relation possible entre deux êtres lorsque l'amour est parti : amis ? ennemis ? étrangers ?” (Et dans ce cas particulier, on comprend que celui qui pose les questions aime encore). Comment répondre à votre question ? Il me semble que ça dépend plus de l'exigence amoureuse de chacun que de la relation elle-même. Il y a des couples qui “s'aiment toujours” parce qu'ils se contentent de très peu ! Je crois que la véritable question est : “Est-il souhaitable d'être dans un état de passion sur un très long terme ? “»

Titre 5 : “Le Coureur” «J'ai appris à perdre, à gagner sur les autres et le temps À coups de revolver, de courses en entraînement. Les caresses étranges de la foule, les podiums et les coups de coude, Les passions, le monde et l'argent. Moi, je courais sur ma plage abritée des alizés Une course avec les vagues, juste un vieux compte à régler.» - A.N. : “Le Coureur” ou comment la civilisation peut-elle pervertir une beauté simple et naturelle ? Y-a-t-il des civilisations dans l'Histoire auxquelles tu reconnais plus de qualité ou de valeur que la nôtre ? - J.-J. G. : «J'ai essayé de ne pas juger. Je constate juste cette situation étrange, ce décalage que chacun peut remarquer lors de compétitions. Mais je ne sais pas si cet homme a eu de la chance ou pas. “C'est ainsi” (extrait de cette même chanson, NDLR). Il a connu beaucoup de choses nouvelles, et a du renoncer à d'autres. C'est le décalage visible, violent qui m'a intéressé.» - A.N. : Nous trouvons que cette chanson croise parfois “La Corrida” de Francis Cabrel. Parenté des thèmes, de structure, deux textes très forts. Ces deux chansons sont-elles cousines ? - J.-J. G. : «Peut-être est-ce l'emploi du “je” pour deux victimes, subissant une situation qui donne cette impression. Plus généralement, si nous avons un “oncle” commun qui est Bob Dylan, ce n'est pas très net dans la Corrida.»

Titre 6 : “Juste quelques hommes” - A.N. : À la fin de cette chanson, “Juste quelques hommes” devient “Quelques hommes justes”. Qui sont ces hommes que l'on ne trouve qu' “Après les brumes, où commence le ciel, où les aigles reculent, où manque l'oxygène.” ? - J.-J. G. : «Il y a toujours des hommes pour aller voir au-delà des extrêmes : froid, chaleur, altitude, profondeur, ciel, océans. Et quelques-uns aussi pour racheter nos extrêmes sauvageries. Parfois médecins ou prêtres, mères, résistants... quelques “justes”.»

Titre 7 : “Nos mains” - A.N. : Cette chanson nous a renvoyés immédiatement aux Restos du Coeur : «Quand on ouvre nos mains». Les bénévoles ont-ils déja commencé à préparer le prochain hiver ? Y a-t-il un message que l'on puisse faire passer dès aujourd'hui ? - J.-J. G. : «Je crois que l'ardeur des Restos du Coeur ne faiblit pas. Et le message de Coluche reste le même : “On compte sur vous !”»

Titre 8 : “Natacha” «Le temps qui passe ne guérit de rien Natacha Toi tu le sais bien. 2 000 ans de froid, de toundra, de toutes ces Russies qui coulent en toi, De trop d'hivers et d'espoirs et d'ivresses au chant des Balalaïkas, Dans chacun de tes baisers Natacha, C'est tout ça qui m'attache à toi.» - A.N. : Est-ce un message à un personnage particulier ou un hommage à l'âme russe éternelle? - J.-J. G. : «C'est l'âme russe éternelle, c'est cette délicieuse mélancolie, l'esthétique du désespoir, et le désespoir tellement esthétique !»

Titre 9 : “Les Murailles” «Et j'avais fait des merveilles en bâtissant notre amour. En gardant ton sommeil, en montant des murs autour. Mais quand on aime on a tort, on est stupide, on est sourd. Moi j'avais cru si fort que ça durerait toujours.» - A.N. : Tous ces efforts, finalement réduits à néant par le temps, auront-ils été vains ? - J.-J. G. : «Ce qui était vain, était de croire que quelque chose durerait toujours. Mais la passion, l'envie de bâtir ne sont jamais vaines, même dans un monde de l'éphèmère.»

Titre 10 : “On ira” «On laissera Tous ces gens qu'on voit vivre Comme s'ils ignoraient Qu'un jour il faudra mourir Et qui se font surprendre au soir. Oh belle, on ira, On partira, toi et moi. Où ? Je sais pas. Y'a que les routes qui sont belles.» - A.N. : Le couple de la chanson partira-t-il un jour ou s'accroche t-il à un rêve qui l'aide à avancer ? - J.-J. G. : «Je ne sais pas bien ! Au début le type est assez convaincant. Ses arguments sont clairs, déterminés. Mais bon, c'est un homme. Vers la fin, on le sent moins sûr de lui. Bon, et puis qu'elle se débrouille, c'est pas mes oignons.» - A.N. : As-tu déjà fait ce genre de promesse et penses-tu l'(les) avoir tenue(s) ? - J.-J. G. : «Bof. J'ai jamais promis grand-chose. C'est plus facile à tenir !»

Titre 11 “En passant” «Toutes nos défaites ont faim de nous. Serments résignés sous les maquillages, Lendemains de fête plus assez saoûl Pour avancer, lâcher les regrets trop lourds. Déjà ces lents, ces tranquilles naufrages, Déjà ces cages qu'on n'attendait pas Déjà ces discrets manques de courage. Tout ce qu'on ne sera jamais, déjà.» Nouveau conflit dans la rédaction : - Le cadet (20 ans) : «C'est peut-être la chanson la plus belle de l'album. Elle m'étouffe autant que Les Vieux de Brel. Désespoir.» - L'aîné (joker) : «Chanson magnifique, oui. Désespérée, pas du tout. Beaucoup trop lucide pour être un aveu de résignation. C'est juste un avertissement, le balisage d'un cap qu'il faudra passer. Tu réécouteras ça en temps utile.» - Les deux : «Jean-Jacques, peux-tu arbitrer, s'il te plaît?» - J.-J. G. : «Cette chanson ne veut rien expliquer. Elle décrit juste. Il me semble que c'est un bilan. Les impressions d'un homme qui prend congé de sa jeunesse. Avec regret, mais aussi avec tendresse, et qui se prépare à faire face à tous les renoncements qui guettent. Ce qu'on appelle aussi "vieillir".»

Questions de plus en plus éloignées de l'album.

- A.N. : Tu as souvent dit que tu aimais laisser tes chansons vivre. Cet album, tellement intimiste, peut-il être joué en concert ? - J.-J. G. : «Oui. Je crois que ces chansons sont facilement “concérisables”.»

- A.N. : Sur quelle(s) guitare(s) as-tu joué sur cet album ? - J.-J. G. : «Gibson acoustique - Lag électrique.»

- A.N. : Si on met bout à bout, J'irai au bout de mes rêves, À nos actes manqués et En passant, obtient-on un raccourci de la trajectoire que tu as suivie? - J.-J. G. : «Pourquoi pas ? C'est pas mal vu !»

- A.N. : Tu n'avais plus travaillé en solo depuis “Entre gris clair et gris foncé” (1987). “En passant” était-il un besoin, ou juste une envie ? - J.-J. G. : «Un cheminement naturel. Les chansons commandent. La situation aussi. Pour Carole, Michaël et moi, c'était une période d'indépendance.»

- A.N. : Tu as, dernièrement, travaillé avec Gildas Arzel. Qu'est-ce qui vous a rapproché Gildas et toi ? - J.-J. G. : «En vrac : la guitare, la voix, le blues, l'humour, la sincérité, l'honnêteté, l'intelligence, les chansons, les pâtes...»

- A.N. : Quels sont les textes que tu aurais aimé écrire, dont tu jalouses l'auteur ? - J.-J. G. : «Essentiellement Dylan des débuts. Et puis Barbara, Brel, Souchon.»

- A.N. : Quels sont tes prochains projets ? - J.-J. G. : «Tournée pour Gildas (octobre), album pour Céline Dion (janvier), tournée pour moi (1998).»

- A.N. : Jean-Jacques, merci de nous avoir répondu. Un dernier mot ? - J.-J. G. : «C'est la première réaction “extérieure” et globale à cet album que je reçois. Touché par votre réceptivité, votre attention, vos réactions très sensibles. J'ai été gâté. Merci.»


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