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Au fil des mots
(Léman Bleu, le 10 octobre 2002)

Au fil des mots
Léman Bleu, le 10 octobre 2002
Entretien enregistré le 20 mai 2002 à l'Aréna de Genève Propos recueillis par Philippe Robin

[On voit des images de l'enregistrement des cordes pour "Tournent les violons". Jean-Jacques Goldman discute avec Erick Benzi et Yvan Cassar. Jean-Jacques Goldman a l'air en extase devant le travail des musiciens classiques]

Philippe Robin : Jean-Jacques Goldman, bonjour.

Jean-Jacques Goldman : Bonjour.

Philippe Robin : Est-ce que vous me permettez de te tutoyer ?

Jean-Jacques Goldman : Je vous te permets.

Philippe Robin : Cela fait quelques années que l'on se croise. Le concert de la tournée actuelle est sans doute le plus abouti, le plus créé, le plus construit de tous ceux que tu aies jamais fait, alors qu'au début de ta carrière, on s'en souvient, tu disais que la scène te faisait un peu peur. C'est complètement terminé. Au contraire, tu y prends du plaisir aujourd'hui ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, mais ça s'apprend. Ça s'apprend parce que d'une part, le fait de jouer pour la millième fois, ça change de la première fois. Enfin, des premières fois. On prend l'habitude. Je connais bien les musiciens. Et puis même le public, maintenant, on le connaît bien. On n'en a plus peur. Alors qu'au début, ce sont un peu des étrangers qu'il faut convaincre, qu'il faut séduire, là, c'est comme un rendez-vous avec des gens qu'on connaît bien.

Philippe Robin : Qu'est-ce qui te faisait peur, au début, réellement ?

Jean-Jacques Goldman : Je suis assez traqueur. C'est une banalité de dire que le trac, ça existe. C'est cette espèce de peur... On a toujours peur un peu de rentrer sur scène, mais le trac, c'est une peur qui paralyse. C'est la fébrilité, on devient blanc, c'est les nausées... C'est vraiment pénalisant.

Philippe Robin : : Avec Tai Phong, tu n'as jamais fait de tournée, je crois.

Jean-Jacques Goldman : Non, je n'ai pas fait de tournée, mais j'ai fait quelques scènes dans des conditions physiques terribles. J'avais vraiment beaucoup de mal.

Philippe Robin : : Dans ce spectacle, non seulement tu as créé quelque chose, mais surprise – on ne va pas dévoiler – mais il se passe plein de choses sur scène. Mais en plus, au début du spectacle, tu nous piques notre boulot, tu deviens animateur sur scène.

Jean-Jacques Goldman [avec un grand sourire] : Oui. Je deviens plutôt répétiteur, quoi !

Philippe Robin : C'est la première fois que tu t'adresses comme cela au public... Que tu joues avec autant.

Jean-Jacques Goldman : Déjà, sur la dernière tournée, je parlais pas mal. Je racontais des histoires, des trucs comme ça. C'est comme quand tu vas dîner chez des amis. La première fois, c'est un petit peu comme ça, et puis au bout de la dixième fois, ça discute. Tu as enlevé ta cravate. Là, c'est un peu ce qui se passe.

Philippe Robin : Tu enlèves tout de suite la cravate.

Jean-Jacques Goldman : Mais ils l'enlèvent aussi avant que je n'entre sur scène.

Philippe Robin : : On a vu pendant le concert qu'il y a des chansons par rapport auxquelles les gens réagissent vraiment beaucoup, ce sont les chansons celtiques, qui ont une petite note celtique : "Je voudrais vous revoir", "Tournent les violons". Ce doit être celles là... Ou d'autres ?

Jean-Jacques Goldman : "Et l'on n'y peut rien".

Philippe Robin : "Et l'on n'y peut rien". Voilà. Et là, il y a une réaction très très forte du public. Pourquoi ? C'est le côté musique folklorique qu'on a tous en nous ?

Jean-Jacques Goldman : Dans le cas de "On n'y peut rien", c'est simplement parce qu'elle est faite pour ça. C'est une gigue. C'est fait pour avoir envie de danser, pour donner cette envie. C'est comme si on commençait avec un rock. Tout de suite, c'est efficace, parce que c'est une musique qui est faite pour ça. Dans le cas de "Je voudrais vous revoir", je ne pense pas que ce soit le côté celtique – d'ailleurs, qui n'est pas évident au début ; c'est juste à la fin avec les cornemuses. Je crois plutôt qu'ils sont attachés au texte.

Philippe Robin : Parmi les surprises sur scène, il y a une troupe folklorique. Elle vient de Lublin, en Pologne. C'est un hasard ou pas ?

Jean-Jacques Goldman [rires] : C'est nous qui leur avons donné ce nom là parce qu'il y avait plusieurs personnes de Lublin. Eux n'avaient pas de nom quand ils sont arrivés. C'étaient juste des danseurs qui venaient un peu de partout. [avec un grand sourire] Il se trouve que c'était la ville natale de mon père. Quand on a su que l'un des danseurs principaux est de Lublin, on leur a demandé si on pouvait leur donner ce nom là.

[nouvel extrait de l'enregistrement de "Tournent les violons" avec l'orchestre symphonique].

Philippe Robin : Le "complice" précédent de l'album "En passant", c'était Claude Gassian. Le complice de "Chansons pour les pieds", c'est Zep. Le Zep genevois. Notre Zep. Comment s'est faite la rencontre ? Qui a contacté qui ?

Jean-Jacques Goldman : Par Alexis Grosbois, qui est l'un de mes collaborateurs et qui s'occupe en particulier de tout ce qui est visuel. On lui doit les billets de concerts qui sont un peu spéciaux, le programme qui est un peu spécial, et évidemment, les boîtiers...

Philippe Robin : Métalliques...

Jean-Jacques Goldman : Métalliques ou pas d'ailleurs, avec les petites guitares. De la même façon qu'Erick Benzi m'amène des idées musicales, lui m'amène des idées visuelles, pour lesquelles je suis un peu handicapé [pendant que Jean-Jacques Goldman répond, on voit le billet et le programme de la tournée 2002, ainsi qu'un croquis de Zep]. C'est lui qui m'a montré – non pas les dessins de Zep que tout le monde connaît, c'est-à-dire les B.D. mais plutôt des croquis plus personnels qui étaient parus dans un journal spécialisé. C'est cela qui l'avait séduit, et qui m'a séduit également.

Philippe Robin : Alors après, tu as fait connaissance avec Zep ?

Jean-Jacques Goldman : Oui.

Philippe Robin : Tu lui as dit, allons-y, travaillons ensemble...

Jean-Jacques Goldman : Voilà. On lui a laissé carte blanche, puis après, on a travaillé. Lui, il pensait qu'on faisait appel à lui sur son côté connu, c'est-à-dire le côté B.D., et ce n'est pas du tout ce que je souhaitais. Il a fallu qu'on lui donne confiance. C'était vraiment sur ses croquis plus personnels qu'il nous intéressait.

Philippe Robin : Et à ce moment là, tu ne savais pas encore qu'il était aussi musicien ?

Jean-Jacques Goldman : Non, je ne savais pas. Je savais qu'il était fan de musique, parce qu'il avait fait une B.D. que j'avais lue, qui s'appelait "L'enfer des concerts". C'était un peu comme ça qu'on était entré, pas en contact mais... Il y avait un bout de mon billet qui était là. On savait qu'il y avait une attention à ce que je faisais.

Philippe Robin : Tu as déjà écouté son groupe, Zep & Greg ?

Jean-Jacques Goldman : Je les ai vus sur scène, en France.

Philippe Robin : Et alors ?

Jean-Jacques Goldman [rires] : Il assure. C'est bien. Il faut surtout bien écouter les textes.

Philippe Robin : Ça parle de quoi ?

Jean-Jacques Goldman : Ça parle un peu... [rires] Ce sont des chansons un peu B.D., avec des textes très drôles.

[On entend une chanson de Zep & Greg, "Pipi caca vomi", pendant que passent à l'écran l'affiche de leur tournée – dessinée par Zep – puis une présentation bédéïsée de chacun des membres du groupe, puis, enfin, les titres de l'album : "Pipi caca vomi", "Les couilles à tonton", "Le maréchal Pétain fait de la couture", "Viens dans mon slip"...]

Philippe Robin : Alors Zep, on va confronter les deux vérités. Raconte-nous ta version. Comment as-tu rencontré Jean-Jacques ?

Zep : J'ai eu par mon agent la nouvelle que Jean-Jacques était intéressé de travailler avec moi pour son album, pour avoir quelques dessins d'illustrations à l'intérieur de la pochette. Au début, il n'y avait pas beaucoup plus que cela. Jean-Jacques n'est pas du tout un lecteur de bandes dessinées. Il ne connaissait pas mon travail.

Philippe Robin : Il connaissait "L'enfer des concerts".

Zep : Voilà. Il avait cet album dans sa grande bibliothèque de bandes dessinées, qui doit comprendre trois ou quatre bouquins. Son agent est un fan de B.D. Il connaissait Titeuf, mais il connaissait aussi mon travail d'aquarelliste, qui était passé dans une revue spécialisée. C'est cela qui l'a intéressé, mais je ne le savais pas. On s'est rencontrés. J'avais amené quelques dessins que j'avais faits à partir de ses chansons. J'en avait fait un personnage. La demande, ce n'est pas de la bande dessinée. C'est du dessin. Que tu sois là comme dessinateur espion pendant les sessions d'enregistrement et que tu prennes l'ambiance. Que tu fasses des croquis.

Philippe Robin : C'est un peu un travail de dessinateur de presse, presque...

Zep : C'est plus le travail que ferait un photographe, mais ils avaient envie de ne pas le faire cette fois-là avec un photographe.

Philippe Robin : Ça a duré combien de temps ? Tu es resté combien de temps dans l'ambiance ?

Zep : Six mois. Je suis venu épisodiquement travailler, mais assez vite, on s'est rendu compte que ce n'était pas vraiment intéressant de dessiner une chaise avec une guitare posée sur 60 pages de livret. Après, je suis parti sur les chansons, les textes des chansons [pendant que Zep parle, on voit à l'écran les illustrations qu'il a réalisées pour les chansons]. J'ai essayé de faire pour chaque chanson une ambiance avec un dessin qui pourrait illustrer le mieux possible l'ambiance qu'il y a au sein de la chanson. Il y a des choses qui sont plutôt du domaine du croquis, ou de l'aquarelle. Ce que lui voulait. Il y a quand même une ou deux fois où ça tire un peu plus vers le cartoon, la bande dessinée.

Philippe Robin : Il nous a parlé de ton groupe, puisqu'il vous a vus sur scène. Il a dit que c'était de la musique intéressante, qu'il fallait bien écouter les paroles [rires], que c'était presque de la musique de bande dessinée.

Zep : Oui.

Philippe Robin : : Comment tu commentes ça ?

Zep : C'est une bonne analyse. J'écris les textes et la musique. La musique, c'est du rock, et les textes, c'est assez proche de l'univers de Titeuf. C'est peut-être un peu plus adapté au rock. C'est une musique basique. Les textes sont... On ne peut pas faire d'ellipse comme quand on raconte une histoire dans une bande dessinée. On développe une idée assez simple sur deux ou trois couplets. Zep & Greg, l'idée, c'est de prendre le rock, qui est une musique de rebelle. Nous, nous sommes des rebelles qui n'avons aucune revendication. C'est des revendications stupides, genre "Pourquoi le frigo est vide ?".

Philippe Robin : Tu avais vu Goldman sur scène déjà, auparavant ?

Zep : Oui oui. Je l'avais vu, plusieurs fois.

Philippe Robin : Tu étais un fan ?

Zep : Oui, oui, je l'aime beaucoup.

Philippe Robin : Tu y as cru quand on t'a dit "Goldman te cherche pour dessiner" ?

Zep [il réfléchit] : Oui [rires]. Mais je ne savais pas pour quoi faire. Il y a souvent des demandes assez hallucinantes qui après n'aboutissent pas, donc je ne savais pas. Souvent, ça passe par un certain nombre d'agents, et puis à l'arrivée, on se rend compte que la personne s'était dit que, peut-être, on pourrait être là une fois pour faire un dessin, au fond de l'image, si jamais. D'ailleurs, quand on s'est rencontrés, il n'était pas vraiment question de faire autant de choses que ce qui a été fait. Comme j'étais là souvent, il y a eu beaucoup de dessins, le projet plaisait, le truc s'est monté comme ça. Je crois que Jean-Jacques n'avait pas une idée très précise... Il avait une idée assez précise de ce qu'il ne voulait pas : il ne voulait pas refaire de photos en studio, et il ne voulait pas de bande dessinée... Ce qui était paradoxal : je suis auteur de bandes dessinées ! Le travail de croquis qui lui avait plu, c'est un travail qui est pour moi assez intime. Je n'ai pas du tout la même aisance que dans la bande dessinée. C'est quelque chose que j'avais décidé de ne jamais montrer et que, par faiblesse, j'ai dû montrer une ou deux fois dans un magazine, mais c'est un magazine extrêmement spécialisé de bande dessinée. Il se trouve que l'agent de Jean-Jacques est un fou de bandes dessinées et qu'il connaissait tout ça. Il les lui avait montrés et il s'est dit, "je veux ça".

Philippe Robin : Aujourd'hui, tu es présent partout. Regarde : même sur le laissez-passer [il saisit le pass backstage], c'est ton dessin, sur le petit pendentif, c'est ton dessin aussi. Sur les T-shirts de la tournée, c'est ton dessin. Tu es partout !

Zep : Partout. Il n'y a pas de chaussettes, encore, quand même.

Philippe Robin : : Il y a une aquarelle. Une très belle aquarelle, je crois.

Zep : J'ai pas tout vu, mais il y a pas mal de choses. Dans le programme [on voit des extraits], ils ont mis certains dessins refusés – parce que, évidemment, il y a eu beaucoup beaucoup de dessins juste pour chercher ce que l'on allait faire. On ne savait pas, en fait. Jean-Jacques m'a laissé beaucoup de liberté, donc la liberté, c'est génial, mais en même temps, c'est un peu l'angoisse pare qu'il faut faire beaucoup de choses pour essayer de trouver la limite, de savoir où on veut aller. J'ai fait beaucoup de dessins, dans toutes les directions possibles pour dire "est-ce qu'on va là, est-ce qu'on va là ?". Il y avait des fois où pour lui, c'était immédiat, c'était ça, c'est ce qu'il voulait, j'avais tapé juste, et puis des fois, non, je n'étais pas du tout dans le juste.

Philippe Robin : Et pour finir, tout cela est allé encore plus loin, puisque, à l'Arena, le 20 mai, vous faites un duo sur scène.

Zep : Ouais ! [rires] Vous savez même ça ? Vous êtes hyper-informés !

Philippe Robin : : C'est très étonnant, ça aussi. Ce duo, ce n'est pas une blague, c'est Alain Souchon !

Zep : Il n'a pas voulu faire Zep & Greg ! [rires]

Philippe Robin : Tu le lui as proposé, sérieusement ?

Zep : Non, non, c'est lui qui m'a proposé Alain Souchon. C'est vrai que c'était une chanson [NDJMF : "La vie ne vaut rien"] que j'aimais bien, mais c'était une surprise pour moi. Je le sais depuis hier ! On a répété hier soir et puis on s'est dit, on le fait, on verra.

["Les choses", extrait de la vidéo. Retour à l'interview avec Jean- Jacques Goldman]

Philippe Robin : Est-ce que tu as toujours avec toi ce fameux calepin ?

Jean-Jacques Goldman : Non, dans ma poche, j'ai un petit papier, parce que mon calepin, il est ailleurs. Comme je vais monter sur scène, je ne l'amène pas sur scène.

Philippe Robin : Ça existe toujours le petit calepin où tu prends des notes jour après jour ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, oui.

Philippe Robin : : C'est la base des chansons, réellement ?

Jean-Jacques Goldman : Non, la base des chansons, c'est ce que je vis. C'est les rencontres, une lecture. Par contre, pour s'en souvenir, pour les mettre quelque part, il faut que ce soit par écrit. Je n'ai pas beaucoup de mémoire.

Philippe Robin : Là, tu es en tenue de scène ?

Jean-Jacques Goldman : Je mets un autre T-shirt pour commencer, et je finis avec celui-là [grand sourire].

Philippe Robin : Ça ressemble à la tenue que tu mets tous les jours !

Jean-Jacques Goldman : En fait, je n'ai pas de tenue de scène spéciale.

Philippe Robin : Il y a de nombreux sites internet qui parlent de toi. En ce moment, il y a des gens qui parlent de toi sur les forums. Ce ne sont pas des sites officiels parce que tu n'as pas souhaité en avoir un [pendant que Philippe Robin parle, on voit des images de "Parler d'sa vie" : la tournée 2002, la rubrique "Chansons", le sommaire de la "Biographie", une photo de concert...]. Est-ce que tu vas voir de temps en temps ce qu'on dit sur toi ? Est-ce que tu contrôles, d'une certaine manière, ce qui se passe ?

Jean-Jacques Goldman : Non. Non, parce que je ne sais pas le faire, déjà ! Je pourrais y aller avec les musiciens qui eux, sont très branchés, mais je n'ai pas trop le temps. Je n'y vais pas... Ce n'est peut-être pas plus mal que je n'y aille pas, d'ailleurs ! Sinon, je trouve ça bien.

Philippe Robin : Il y a des conversations qui s'installent sur les forums. Tu n'es pas au courant de cela ?

Jean-Jacques Goldman : Non.

Philippe Robin : Ce n'est pas un peu gênant de sentir qu'il y a des gens comme ça qui disent du bien – souvent du bien, un petit peu de mal de temps en temps – ce n'est pas un peu gênant ?

Jean-Jacques Goldman : Non, je trouve cela normal. A partir du moment où on fait un métier public, forcément, que ça se passe sur Internet ou que cela se passe aux communions, aux mariages ou aux réunions de famille... Je me rends bien compte que quand je suis en famille, on parle de Star Academy, de Loft Story... Ou alors de tel événement qui s'est passé. Je sais bien qu'on parle des personnes publiques.

Philippe Robin : Tu as un souvenir particulier d'un concert en Suisse ? Peut-être celui de Nyon, en plein air ?

Jean-Jacques Goldman : Ce n'était pas un très très bon souvenir dans le sens où il y avait beaucoup trop de monde, à mon avis. Et puis il pleuvait. Je pense que les gens n'étaient pas très bien. Avant que cette salle [l'Arena] n'existe, on jouait à la Patinoire de Lausanne. C'était vraiment un lieu extrêmement chaud. Il y avait beaucoup d'énergie dans cette patinoire. J'ai des bons souvenirs en général.

Philippe Robin : Quand je vois le concert cette année, je me dis, "il est allé encore un peu plus loin au bout de ses rêves"...

Jean-Jacques Goldman : Je ne suis pas tout à fait d'accord. Je ne le mets pas au-dessus des deux spectacles précédents. Le spectacle "Rouge" qui était quand même très abouti, avec les choeurs de l'Armée Rouge. Et même le spectacle "En passant" qui était pas mal... Déjà, je suis content de ne pas avoir fait plus faible ! C'étaient des spectacles qui marchaient bien.

Philippe Robin : La grande différence, c'est quand même cette scène qui s'avance dans le public et qui permet d'aller au coeur du public. Ça, c'est tout à fait nouveau !

Jean-Jacques Goldman : Oui. C'est lié au fait que comme je ne voulais pas tourner très longtemps... On savait qu'à la suite de la tournée précédente, il y avait une grosse demande. Il fallait donc faire des salles plus grandes que la dernière fois, du moins plus remplies en parterre. La seule façon d'être respectueux avec les gens qui sont debout, c'est d'être au milieu d'eux. Qu'eux y gagnent quelque chose.

Philippe Robin : C'est aussi pour cela que tu reviens deux fois dans la même ville, la plupart du temps, comme cela sera le cas à Genève dans quelques jours ?

Jean-Jacques Goldman : Oui. Je préfère faire deux fois une salle de 7'000, plutôt qu'un stade de 15'000 où, finalement, personne n'est content. Ni eux, ni nous.

Philippe Robin : Parmi le répertoire que j'ai entendu sur scène - je ne sais pas si je peux le répéter - j'ai entendu "La digue du cul". Je me suis demandé sur quel album je pouvais le trouver !

Jean-Jacques Goldman : C'est une chanson traditionnelle bretonne. C'est au moment de la présentation des musiciens. Je présente Claude Le Péron, qui est Nantais. On s'est dit, "quelle chanson pourrait bien le caractériser, connaissant le personnage ?". Donc, c'est "En revenant de Nantes". C'est une chanson traditionnelle...

Philippe Robin : ... Que les Genevois ont chantée au mois de mai ! Tout le monde la connaît !

Jean-Jacques Goldman : Ils l'ont apprise. On n'en fait que vingt secondes.

Philippe Robin : Quelles sont les dernières choses qui se passent avant de monter sur scène ?

Jean-Jacques Goldman : Il y a des choses techniques. Ce ne sont plus les anciens retours. On s'écoute maintenant avec de petites oreillettes. Rien que pour cela, on est obligés de se retrouver les uns avec les autres. On est contents de se retrouver, avec les musiciens. J'ai un truc à leur dire, parfois, une bêtise. Dans le passage folklorique par exemple, Jacky dure les notes plus longtemps que moi, donc il faut se mettre d'accord. Des petits détails, quoi !

Philippe Robin : Tu as un gri-gri avant de monter sur scène ?

Jean-Jacques Goldman : Non, pas tellement... Ah, si ! Lorsque J.R. – le type qui s'occupe de mes guitares – me file la guitare, on se fait un petit signe tous les deux. Il me dit "merde" et puis voilà. Et puis on y va.

Philippe Robin : A quoi tu vois qu'un concert est réussi ?

Jean-Jacques Goldman [silence] Franchement – sans aucun prétexte – si tout se passe bien, c'est-à-dire si les musiciens jouent bien, si moi je suis bon, si la technique marche – ce qui est vraiment la chose la plus aléatoire – un concert, normalement, il est réussi. Parce que les gens ne sont pas venus pour être négatifs. Il y a du travail donc, normalement, on sait que cela doit leur plaire. S'il n'y a pas de panne technique, et si nous, on n'a pas envoyé de fautes d'accord pendant toute la soirée...

Philippe Robin : Tu aimerais entendre ce qui se dit à la fin ?

Jean-Jacques Goldman : Oui, beaucoup ! Mais bon, je reçois des lettres, je reçois des mots, donc quand même, je me rends compte s'ils sont contents ou pas.

Philippe Robin : Tu n'as jamais eu l'idée de te camoufler, de plonger dedans ?

Jean-Jacques Goldman : Si, si...

Philippe Robin : : Bah, il faut le faire !

Jean-Jacques Goldman : Je pense que j'ai du mal à passer inaperçu quand même au premier rang ! [rires]

Philippe Robin : Merci beaucoup d'avoir été avec nous !

Jean-Jacques Goldman : Merci à toi !

[On voit la fin de la première interprétation d'Ensemble, enregistrée à Alès le 4 août 2001 avec les choristes des Fous Chantants]


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