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Le dossier de l'affaire du boulevard Richard Lenoir
Libération, lundi 16 décembre 1974
Article de Marc Kravetz
Retranscription de Nathalie Laverdure

La culpabilité de Pierre Goldman dans la tuerie du boulevard Richard Lenoir a été "établie" dans l'"intime conviction" des jurés sur la foi de "preuves" qui sont pour l'essentiel des témoignages au minimum fragiles et des présomptions d'ordre idéologique, politique, moral et raciste.

Au moment où s'engage une campagne pour la révision de ce procès scandaleux et la reconnaissance de l'innocence de Pierre Goldman dans cette affaire, il nous a paru utile de reprendre les éléments essentiels du dossier de l'accusation. On ne trouvera donc pas ici d'éléments nouveaux, ni une reconstitution de l'ensemble de l'affaire. Les lecteurs soucieux de plus de précisions voudront bien se reporter pour les points examinés ci-dessous aux différents articules publiés sur le procès dans Libé (9, 10, 11, 12, 13 et 14 décembre).

Avant le procès, sachant ce que nous savions des faits et des témoignages, ce que nous savions de Pierre, de son attitude et de son comportement, nous étions convaincus de son innocence. Le procès a transformé cette conviction en certitude absolue et rigoureuse. Nous avons, jour après jour, dénoncé l'enquête policière, ses irrégularités et ses approximations. Nous pouvons dire aujourd'hui que l'enquête qui a conduit à établir la "preuve" est une reconstruction policière modérément habile - mais un jury d'Assises n'est jamais trop regardant - et que cette construction ne repose que sur la base d'une "information confidentielle", en clair, une délation. La thèse du président Braunschweig, reprise et développée par l'avocat général Langlois, est suffisamment connue désormais pour que nous ne l'exposions pas en détail. Selon eux, la dénonciation n'a été que le point de départ de l'enquête ; les éléments de preuve n'ont rien à voir avec ce point de départ.

Nous savons et nous pouvons démonter aujourd'hui que ceci est faux. Mais puisqu'il est question de preuves, examinons les.

Pour étayer sa conviction de culpabilité, l'accusation a retenu cinq éléments :

1) Les déclarations de Pierre lors de son premier interrogatoire à la brigade criminelle.
2) La reconnaissance formelle, dans les locaux de la police par cinq témoins : MM. Trocard, Quinet, Pluvinage, Melles Lecoq et Ioualitène.
3) La convergence des signalements donnés par les victimes des vols reconnus par Pierre et par les témoins de la tuerie du boulevard Richard Lenoir.
4) La "vraisemblance" psychologique : Pierre Goldman étant ce qu'il est, les convictions des meurtres de la pharmacie s'expliquent très bien.
5) La fragilité de l'alibi.

1) Les déclarations de Pierre
Ce point, rappelons le, a été abandonné en cours de route par l'accusation, l'avocat général ne l'a même pas mentionné. Contrairement à ce qu'avaient affirmé les policiers, Goldman n'a pas nié "spontanément", sans qu'on lui en parle, l'agression du boulevard Richard Lenoir. Ce sont les policiers qui ostensiblement, lui ont fait savoir, avant son audition, pourquoi il avait été conduit dans les locaux de la brigade criminelle.

2) Les reconnaissances par les témoins
Nous savons déjà que c'est le seul point fort (apparemment) de l'accusation. Avant d'examiner les cinq témoignages, il faut rappeler que les conditions de la reconnaissance dans les locaux de la police sont largement entachées de doute.

Il est en effet établi que les policiers n'ont pris aucune des précautions les plus élémentaires pour conduire cette présentation du suspect aux témoins.

Pierre Goldman n'était pas rasé. Les policiers ne peuvent produire aucune preuve de la loyauté de cette présentation (leur appareil photographique était en panne, le cliché qui aurait montré à quoi ressemblaient les autres "figurants" de cette présentation, comment ils étaient habillés, en quoi ils pouvaient correspondre aux signalements donnés par les témoins et si Pierre était bien placé dans des conditions identiques aux autres, ce cliché était donc "voilé".

Quelle meilleure preuve que cette absence de précaution pour démontrer que quand ils l'ont arrêté, les policiers étaient déjà convaincus de la culpabilité de leur client, que leur enquête était terminée et qu'ils ne chercheraient qu'à confirmer cette conclusion ?

Des cinq témoins "formels", deux ont directement participé à l'action. Deux autres ont témoigné longtemps après (huit jours pour l'un, vingt-trois pour l'autre) et n'avaient pas vu l'agression. En revanche, trois autres témoins qui étaient sur le terrain ont été incapables de fournir des renseignements précis et n'ont pas "reconnu" Goldman. Il s'agit de Mme Moynet et de MM. Carel et Boissier. Ce sont eux qui ont distinctement entendu l'agent Quinet parler d'un "mulâtre" et Mme Moynet, pour sa part, a parlé d'"un homme de couleur". "C'était, a-t-elle précisé à l'audience, pour dire qu'il n'était pas français.

3) Les témoins "formels"
Le témoin Trocard était dans la pharmacie. Il a vu son agresseur de face et en pleine lumière. Il a déclaré qu'il avait une casquette plate en cuir ciré : cette casquette n'a été retrouvée ni dans la pharmacie, ni aux abords. Les autres témoins ont tous parlé des cheveux de l'agresseur. Trocard n'a vu que des "pattes".

Quand Trocard a "reconnu" Pierre à la police, il avait vu, quelques minutes avant, son portrait dans Paris-Jour. Trocard, décédé accidentellement en mai 1970, n'a jamais pu confirmer ses déclarations et a fortiori déposer au procès.

Le témoin Quinet. Il s'est contredit plusieurs fois en racontant son intervention. Il a prétendu au procès être entré dans la pharmacie, ce qui est démenti par tous les autres témoignages. Si Quinet a donc menti, il n'a pas pu voir, comme il le prétend, son adversaire en pleine lumière. On lui a montré une photo de Pierre Goldman à l'hôpital et il a pu le voir avant de le "reconnaître" menotté en encadré de policiers. Quinet a obtenu de l'avancement dans cette affaire et il se vante de sa bonne connaissance de la brigade criminelle, à laquelle il n'appartient pas.

Le docteur Pluvinage, les audiences l'ont démontré, n'a pas pu identifier un homme dans l'obscurité, à plus de quarante mètres de distance. Les détails qu'il donne du combat sur le terre-plein de Richard Lenoir sont faux.

Le témoignage de Melle Lecoq était impressionnant de précision. Quelle mémoire ! Elle avait vu la sacoche de l'agresseur et la décrivait avec un grand luxe de détails. Son témoignage suppose qu'elle a vu longuement l'agresseur. Or, celui-ci courait… Quant à la mémoire de Melle Lecoq, elle n'est pas suffisante au point qu'elle se souvienne si, au moment de la présentation des "suspects" à la police, certains portaient une cravate ou non.

Quand Melle Lecoq, qui ignorait qu'il y avait eu agression (elle ne témoigne qu'au bout de huit jours), rencontre, quelques fractions de seconde, un inconnu, elle retient plus de détails qu'au moment où on lui demande de mobiliser toute son attention.

Le témoignage de Melle Ioualitène est plus que suspect. Deux autres témoins l'ont entendue, dans la salle des témoins "répéter" son témoignage. Elle allait prendre son car avant 20 heures. Elle identifie aujourd'hui, comme à la police, l'individu qui l'a bousculée boulevard Richard Lenoir, mais alors qu'elle avait vu, à l'époque, une bagarre sur le terre-plein, elle ne s'en souvient plus aujourd'hui. Les détails qu'elle donne sont visiblement des souvenirs de ce qu'on lui a fait dire (le gardien Quinet, en civil, est devenu à l'audience un "agent de la circulation"). Son itinéraire, du magasin de coiffure situé au bas du boulevard à l'arrêt des cars, boulevard Bourdon, ne passe pas par le lieu de l'action. Melle Ioualitène a attendu vingt trois jours pour témoigner. Pourquoi ? Sur quelles pressions ?

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