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L'affaire Pierre Goldman commence
Les Temps Modernes n°352, novembre 1975
Journaliste inconnu
Retranscription de Christine Artus

Le livre que Pierre Goldman vient d'écrire en prison est beau, douloureux et risqué comme une naissance (1). Et il est en effet l'acte de naissance d'un homme. Mis au monde à l'époque où les enfants des Juifs étaient voués au four crématoire, Pierre Goldman n'a pas cessé, pendant trente ans, d'expier une faute monstrueuse : celle d'avoir survécu à l'inexécution de cette sentence. Cet enfant n'aurait pas dû naître, a avoué son père, résistant juif exemplaire, lors de l'unique procès qui a abouti en décembre 1974 à condamner à la mort vivante – la réclusion criminelle à perpétuité – un homme mort-né et complice de ses juges par le silence suicidaire dans lequel il s'était muré. Ce silence maintenant est rompu : nous savons qui est Pierre Goldman parce qu'il le sait enfin lui-même, qu'il a pensé se tuer en prison quelque temps après sa condamnation et qu'il a finalement décidé de prendre la parole pour dire qu'il est innocent et qu'il veut vivre. Ce livre comme il y en a très peu porte en lui la vérité d'un homme. A nous de l'entendre, car cette vérité est aussi celle du siècle, la nôtre. Quand un livre paraît où un homme, dans un élan irrépressible de liberté, s'arrache à tout ce qui le condamnait au malheur, à l'autodestruction, à la solitude et au violent silence de la mort, c'est s'enfermer soi-même que de ne pas répondre à son appel de vie. Ecoutez cette voix qui sonne juste et fort parce qu'elle dit le vrai et que son accent ne trompe pas. Laissez-la résonner en vous et si vous dites encore : "La place de cet homme est en prison et la mienne est en liberté", c'est que vous êtes, vous, à jamais prisonnier de votre peur et de votre haine.

Pierre Goldman n'est pas en prison pour les trois agressions à main armée qu'il a commises et dont il a toujours accepté de payer le prix. Il est en prison pour un double meurtre dont il n'a jamais cessé de se déclarer innocent. "J'ai vingt-six ans, je n'aime pas la vie, j'ai même perdu le goût de la liberté, si j'étais coupable je le dirais". Voilà l'évidence, refusée, dès son arrestation et jusqu'au procès, quatre ans plus tard, par l'appareil policier et judiciaire et qui apparaissait pourtant dans tout le comportement d'un homme en qui l'histoire n'avait placé qu'un seul désir, celui de mourir. Cette sincérité-là ne se feint pas : Pierre Goldman n'a pas commis le double meurtre du boulevard Richard-Lenoir. De sa culpabilité en cette affaire nulle preuve matérielle n'a été apportée au procès, nul témoignage décisif : mal défendu par ses avocats, piégé dans son propre silence, Pierre Goldman a été condamné sur l'intime conviction d'un jury vindicatif et apeuré qui le jugeait non sur des faits mais sur sa personnalité supposée, au mépris de cette règle fondamentale du droit pénal qui veut que le doute profite à l'accusé. N'importe quel tribunal anglo-saxon l'aurait acquitté faute de preuves sur le chef d'accusation qui lui a valu, à la Cour d'assises du tribunal de Paris, sa condamnation à perpétuité. Ce procès révoltant est aujourd'hui en appel non seulement devant la Cour de cassation mais, grâce au livre admirable de Pierre Goldman, devant la conscience de tous les Français. Intime conviction pour intime conviction, nous avons désormais la nôtre, fondée sur la parole d'un homme. S'il doit rester en prison, que l'on avoue alors qu'il n'y est pas pour un crime improuvable mais parce que les institutions et les pouvoirs ne craignent rien davantage qu'un homme libre.

L'affaire Pierre Goldman commence. De même, nous l'espérons, qu'un nombre qui ira grandissant de Français, nous n'avons pas fini d'en parler : il y va, concrètement, de la liberté d'un homme, il y va de la nôtre. Nous publierons dans notre prochain numéro un ensemble de textes sur Pierre Goldman.


(1) Souvenirs obscurs d'un Juif polonais né en France, Le Seuil, collection "Combats", 280 pages.

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