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Un détenu affirme que Pierre Goldman n'a pas tué les deux pharmaciennes du boulevard Richard-Lenoir
Le Monde, 4 mai 1976
Areticle de Francis Cornu
Retranscription de Linda Delozier


Amiens. Après l'étonnante annonce faite à la fin de la dernière séance, le 30 avril, selon laquelle un détenu de la prison d'Angers était prêt à révéler l'identité du "véritable" assassin du boulevard Richard-Lenoir, [Monsieur X], quarante et un ans, a comparu ce lundi matin 3 mai à la reprise de l'audience du procès de Pierre Goldman. En vertu de ses pouvoirs discrétionnaires, le président, M. Tabardel, avait décidé cette audition à titre de renseignement. Ce "témoin" a donné un nom : Bernard Martin. Cet homme serait âgé d'une quarantaine d'années, aurait commis de nombreuses agressions dans le genre de celle dont on accuse Pierre Goldman et aurait déjà été impliqué dans un meurtre. "C'est un tueur froid", a-t-il ajouté.

[Monsieur X] a précisé que cet homme est actuellement en fuite mais qu'il n'était pas inconnu de la police et notamment du commissaire Gustave Jobard, directeur général adjoint de la police judiciaire, qui a été entendu dans ce procès la semaine dernière. [Monsieur X] a encore dit qu'il devait être fiché depuis 1961, après une condamnation pour vol qualifié. D'autre part, en 1967, il aurait introduit des armes dans une prison pour permettre une évasion.

[Monsieur X] a fourni un signalement approximatif, en indiquant que ce malfaiteur est blond mais ce serait fait teindre les cheveux et aurait subi une opération de chirurgie esthétique. Il a admis que Bernard Martin "ne ressemble absolument pas à Pierre Goldman" - détail qui semble être en contradiction avec le dossier.

Ce nouveau suspect aurait clairement avoué, en 1973, à [Monsieur X] être l'assassin du crime pour lequel Pierre Goldman avait été arrêté trois ans plus tôt. Interrogé sur les motifs de cette confidence, [Monsieur X] a expliqué : "Il a été obligé de la faire. Nous étions plusieurs. J'ai failli le tuer ce jour-là". Cet interrogatoire aurait eu lieu à Paris. Bernard Martin aurait alors accepté d'écrire une lettre contenant ses aveux et destinée à la justice. Mais il ne l'a pas fait : le nouveau témoin reconnaît qu'il aurait dû intervenir plus tôt mais qu'il ne s'y est pas résolu, "peut-être par égoïsme ou par lâcheté". Sur les raisons de sa décision de "parler", [Monsieur X] a déclaré : "Quand j'ai connu Pierre Goldman à Fresnes il n'était pas comme les autres, ne se comportait pas comme les autres, ne parlait pas comme les autres. Je me suis intéressé à son cas comme beaucoup d'autres, dans la prison, l'ont fait". Contrairement à ce qu'il avait annoncé, il n'a pas voulu révéler le nom du dénonciateur de Pierre Goldman.

Pour M. Jacques Basse, substitut général, "tout ceci est infiniment suspect", mais il a cependant estimé que l'on pouvait rapidement vérifier auprès de la police la valeur des indications qui venaient d'âtre fournies.

Après un bref délibéré, la cour a décidé de demander au commissaire Jobard de revenir au procès pour une première vérification des déclarations de [Monsieur X]. Le président a déclaré : "Afin d'éviter un prolongement inutile des débats, j'ai essayé de joindre M. Jobard. Je pense qu'il devrait pouvoir venir à cette barre cet après-midi. Si cette audition devait faire apparaître des charges suffisantes, il y aurait lieu à ordonner un supplément d'information."

En fait, dans un message adressé à la cour, le commissaire Jobard a fait savoir qu'il se rendrait à Amiens en fin d'après-midi mais a déjà indiqué que Bernard Martin avait été condamné à mort par contumace par la cour d'assises de Paris dans une affaire où [Monsieur X] avait lui-même été condamné pour complicité à une peine de réclusion criminelle.

D'autre part, les dossiers de police indiqueraient que l'on a perdu la trace de Bernard Martin en 1968 : des informations auraient fait état de son exécution par le "milieu".

Surpris et décontenancé après l'annonce de ce témoignage de la dernière heure, Pierre Goldman n'avait pas caché, vendredi 20 avril, son embarras à l'égard de l'initiative de [Monsieur X], bien que celle-ci ait pour but déclaré d'apporter des éléments de preuve qui permettent de le disculper définitivement du crime du boulevard Richard-Lenoir. Soudainement l'accusé était apparu inquiet des conséquences de ce témoignage inattendu. Il avait, à l'évidence, perdu la confiance qu'il montrait dans ce procès dont les débats lui semblaient de plus en plus favorables à sa cause.

Interrogé par le président, M. Tabardel, sur l'appréciation qu'il portait sur cet événement, Pierre Goldman a déclaré : "Je ne crois pas qu'Albert soit un farfelu, mais je tombe des nues en ce qui concerne les révélations qu'il peut faire. C'est peut-être sérieux ; je ne peux en tout cas refuser qu'il soit entendu". Il devait dire ensuite comment il avait rencontré [Monsieur X] en 1971 alors que ce dernier était également détenu à la prison de Fresnes. Pour situer le personnage, il a précisé que cet homme lui avait proposé de faire disparaître - par l'intermédiaire de quelques relations - ses "calibres". Pierre Goldman a ajouté qu'il avait dû lui affirmer n'avoir aucune arme à cacher et être réellement innocent.

Après que le président eut déclaré qu'on ne pouvait qu'émettre des réserves à l'égard d'un témoignage aussi tardif, M. Jacques Basse, substitut général, a indiqué que cette décision pouvait être le fait d'un homme souhaitant "rompre la monotonie de la détention" ou soucieux "de se faire-valoir". Aussi embarrassés que leur client, les avocats de Pierre Goldman ont fait savoir par la voix de Me Emile Pollak que l'action de [Monsieur X] faisait naître une impression "très pénible".

Pour tout le monde ce témoignage paraissait donc à l'évidence douteux : déjà condamné à six reprises, [Monsieur X] a comparu le 28 avril dernier devant les assises de la Sarthe où il a été condamné à huit ans de réclusion criminelle. Il a juré devant cette cour qu'il était innocent. Dans ces conditions, ne s'est-il pas manifesté pour trouver au procès Goldman une tribune qui lui permette d'attirer l'attention et de se faire entendre ?

Pierre Goldman, d'autre part, a expliqué au jury qu'il craignait que l'audition de ce nouveau venu ne donne lieu à un supplément d'information. Il a alors déclaré qu'il ne voulait pas que, de ce fait, le procès soit renvoyé et donc examiné par un autre jury : "Je veux être jugé par cette cour et par ce jury, a-t-il ajouté. Contrairement à ce qui s'est passé aux assises de Paris, lors de mon premier procès, j'ai devant moi des jurés qui prennent des notes, posent de nombreuses questions et manifestent leur volonté de découvrir la vérité".

L'accusé a clairement laissé entendre qu'il n'avait pas besoin de ce "rebondissement". Il est vrai que l'audience de vendredi a confirmé l'impression donnée par les précédentes. Dans ce procès, la plupart des témoignages à charge ont paru moins nets ou moins sûrs qu'auparavant tandis que les témoignages à décharge se sont renforcés. Ainsi, M. Joël Lautric, un ami antillais de Pierre Goldman, a clairement indiqué que ce dernier se trouvait chez lui dans la soirée du 19 décembre 1969 à l'heure où a été commis le double meurtre du boulevard Richard-Lenoir. Au cours de l'enquête et devant la cour d'assises de Paris, M. Lautric n'avait guère été en mesure de confirmer cet alibi. Après avoir dit que les débats du premier procès ne lui avaient pas permis de s'expliquer complètement, il a déclaré que ses dépositions pouvaient être mal interprétées : "Devant les policiers, j'avais surtout pensé à ne pas être mêlé à cette affaire. Je n'avais pas été entendu comme le principal témoin de l'alibi mais plutôt comme un suspect". Il reprenait de cette manière les indications fournies la veille par M. Alain Caprice, qui avait déclaré que tous les témoins antillais, en proie à la "peur" d'être impliqués, avaient surtout cherché durant l'enquête à "prendre leurs distances" à l'égard de Pierre Goldman (Le Monde daté 2-3 mai).

Quant à l'audition de Mlle Annie Ioualitène, elle n'était pas de nature à conforter l'accusation. Cette personne est de celle qui ont reconnu en Pierre Goldman l'agresseur du boulevard Richard-Lenoir. Tant au premier procès qu'au second, elle a manifesté avec beaucoup de réserve à se présenter devant la cour si bien qu'il a fallu délivrer un mandat d'amener pour s'assurer de sa comparution. Certaines de ces déclarations devaient encore jeter le discrédit sur son témoignage. Elle a affirmé avoir vu de loin l'agresseur, que l'agresseur avait eu "un accrochage" avec un "inconnu". Or, on sait qu'il s'agit de Gérard Quinet, gardien de la paix, qui a tenté de maîtriser le meurtrier et a été atteint de plusieurs balles de pistolet. Mlle Ioualitène a cru bon de préciser qu'il s'agissait d'"un civil" aux prises avec un agent ; précision étonnante lorsqu'on sait que le policier n'était pas en tenue. Lorsqu'on lui demande pourquoi elle s'est présentée à la police, Mlle Ioualitène répond avec hésitation : "Un journaliste me l'avait recommandé mais je ne savais pas que cela irait aussi loin…"

"Quelqu'un de couleur noire…"

Appelé à la barre à propos d'un hold-up dont Pierre Goldman a reconnu être l'auteur, M. Pierre Dreyfus, gérant des établissements Vog, a dit avoir noté lors de l'agression que le pistolet tenu par Pierre Goldman tremblait dans sa main. Il a précisé qu'il était "très énervé", mais, à l'intention du représentant du ministère public, il a rectifié : "Je n'ai pas eu toutefois l'impression d'avoir affaire à un fou. Il a fait preuve d'une certaine maîtrise de soi car à aucun moment je n'ai eu une sensation de peur". Ce témoignage allait à l'encontre de l'accusation, selon laquelle Pierre Goldman avait pu devenir un meurtrier après avoir brusquement perdu le contrôle de lui-même (Le Monde du 28 avril).

A la fin de l'audience, le témoignage de M. Marie, encaisseur des allocations familiales que Pierre Goldman avait attaqué le 16 janvier 1970 a donné lieu à un incident assez typique de cette affaire où certains témoins ont parfois fait preuve d'une volonté excessive de vouloir reconnaître les suspects. Dans le cas de cette agression, Pierre Goldman avait un complice, un Noir, qu'il n'a jamais dénoncé et qui n'a pas été retrouvé. M. Henri-René Garraud, avocat de la partie civile a demandé à M. Marie s'il serait capable de reconnaître ce complice. Le témoin a alors déclaré : "Je n'en suis pas sûr, mais il y a quelqu'un de couleur noire dans la salle…"

Comme on lui demandait de préciser, il a désigné M. Lautric. M. Marie avait pourtant donné un signalement différent en indiquant qu'il était de petite taille : 1,55 m environ. M. Lautric s'approchant de M. Marie, qu'il dominait d'une tête, a déclaré que sa propre taille était de 1,76 m. Alors que les rires éclatent dans le public, M. Basse a déclaré qu'il était vraiment inutile de prendre des réquisitions. Pour sa part, Me Pollack devait signifier à la cour combien il était regrettable que l'avocat de la partie civile se soit prêté à un pareil incident. C'est en effet Me Garraud qui avait insisté pour que M. Lautric soit présent lors de l'audition de M. Marie.

[Monsieur X : Nom supprimé à la demande de l'intéressé, au nom du droit à l'oubli]

 

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