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L'assassinat de Pierre Goldman : Abattu au milieu du jour place des Peupliers
Libération, 21 septembre 1979
Article de Jean-Louis Peninou
Retranscription de Muriel Bruguier

Ils l'ont emmené vers 14 h 30. C'était bien lui. Jusqu'à ce que je reconnaisse son corps allongé dans le car de police, j'avais désespérément refusé de croire l'abominable nouvelle diffusée par un flash radio à 14 heures. Le visage était déjà gris. Pierre est mort depuis près de deux heures, abattu de plusieurs balles de pistolets de fort calibre, à quelques dizaines de mètres de son domicile, dans le 13ème arrondissement.

Les tueurs ont agi Place des Peupliers, sur le trottoir devant l'hôpital de la Croix Rouge. Ils ont tiré à bout portant cinq ou six balles, du 11,43 semble-t-il, l'une se perdant dans la vitrine d'une banque voisine, trois atteignant Pierre en pleine poitrine. Les tueurs se sont ensuite enfuis et se seraient rapidement engouffrés dans une voiture rouge stationnée rue de la Colonie. Deux flaques de sang marquent encore l'endroit où Pierre s'est abattu. Lorsque les infirmières et un médecin de l'hôpital de la Croix Rouge sont sortis, au bruit des coups de feu, et se sont précipités pour porter secours, Pierre était déjà mort.

La police est arrivée bien avant les journalistes. Quelques témoins visuels ont été emmenés pour audition à la police judiciaire. Mais les policiers sont encore nombreux. Plus nombreux que les passants qui commentent à distance. Insupportable indifférence. Peu de témoins directs. Une femme, la cinquantaine, encore effrayée, raconte à qui veut l'entendre : "Ils étaient trois. Ils arrivaient par la rue des Peupliers. L'un avait un pantalon marron, les deux autres des pantalons noirs. Ils étaient jeunes. J'en ai vu un sortir un gros pistolet. Il a tiré, est parti puis est revenu tirer sur la victime qui s'enfuyait. Puis ils ont traversés l'hôpital de la Croix Rouge et sont ressortis par l'autre rue où une voiture rouge immatriculée 94 les attendait".

Elle répète sans fin son récit aux micros des journalistes-radios qui viennent d'arriver. A chaque fois une légère variation. Elle a eu très peur… D'autres témoins, d'autres détails. Pas grand-chose. Les contradictions habituelles. Une des infirmières, qui s'est penchée parmi les premières sur le corps assure : "Il a reçu une balle par devant et deux par derrière". Un homme ou deux ont-ils tiré ? Une femme affirme que le chauffeur de la voiture "avait les cheveux blonds". On dit qu'un témoin aurait entendu un des tueurs interpeller Pierre avant de tirer en disant "Hombre !". etc…

Seul visage connu sur les lieux : le commissaire Leclerc. Je ne l'avais vu de près que dans une seule occasion : lors de sa déposition au procès de Pierre, devant les Assises de la Somme, il y a un siècle. Que fait-il là ? A l'époque commissaire adjoint à la criminelle, il avait enquêté en 1969 sur l'affaire Goldman. Chef adjoint de la brigade criminelle, il est aujourd'hui chargé de cette nouvelle enquête.

A quelques dizaines de mètres, au domicile de Pierre, deux inspecteurs de la criminelle gardent déjà l'appartement où ils effectuent une perquisition. Légère perquisition. L'appartement n'a apparemment pas trop dégusté. Les rangées de livres sont en ordre. Un ami de Pierre, qui loge là, y assiste muet, et confirme la courtoisie des flics.

Pierre était rentré tard chez lui. Comme tous les soirs depuis plusieurs jours, il était allé jouer avec un orchestre de salsa, à la Chapelle des Lombards. La salsa, c'était son bonheur. Il avait fait des pieds et des mains pour que ce groupe des Caraïbes puisse venir jouer à Paris. Mercredi soir, avec des amis du journal, il a prolongé l'euphorie de la musique et de la danse jusque tard après la fermeture. A six heures du matin, il les a quittés pour rentrer chez lui "en passant prendre les journaux".

Il a dû se lever très tard. Comment les tueurs ont-ils pu savoir qu'il sortirait vers midi ? L'ont-ils attendu pendant des heures ? Etaient-ils renseignés ?

Dans leur communiqué à l'AFP, téléphoné avant que la nouvelle de l'attentat soit connue, ils se sont revendiqués d'un groupe "Honneur de la Police" qui avait déjà fait sauter en mai dernier la voiture d'un militant du service d'ordre CGT : "Pierre Goldman a payé ses crimes. La justice du pouvoir ayant montré une nouvelle fois ses faiblesses et son laxisme, nous avons fait ce que notre devoir nous commandait". Quels salopards s'abritent derrière ce sigle policier ? De vrais policiers ? Des commandos d'extrème-droite qui brouillent les pistes ?

A la huitième section du parquet, le procureur Malibert et son substitut M. Lépée, paraissaient, en fin d'après-midi, accorder quelque crédit à la thèse d'un règlement de compte au sein du "milieu latino-américain". Partant du bureau du procureur, le commissaire Leclerc promettait cependant que "toutes les pistes seraient explorées". Le milieu latino-américain ? Cet invraisemblable rabachage d'airs déjà joués par les mêmes il y a dix ans fait craindre pour la suite de l'enquête. Pour Henri Curiel aussi, abattu il y a 17 mois à Paris, certains policiers avaient complaisamment parlé de "règlements de comptes"…

Pierre a été abattu alors que sa femme Christiane s'apprêtait à mettre au monde leur enfant. Sur le point d'accoucher, elle avait passé la nuit dans une maternité. En début d'après-midi, des amis l'ont transportée dans une clinique de banlieue.

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