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Juif, militant, gangster, écrivain
Le Monde, 22 septembre 1979
Article de Laurent Greilsamer et Bertrand Le Gendre
Retranscription de Linda Delozier

Dans souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France (Le Seuil), qu'il a écrit en prison, Pierre Goldman parle ainsi de ses origines : "je suis né le 22 juin 1944, à Lyon, en France, en France occupée par les nazis." (…) Je suis juif (…). Mon père, Alter Moijsze, exerçait à Lyon des responsabilités militaires au sein des organisations de résistance juives alliées au parti communiste. Ma mère appartenait à la direction de ces mêmes organisations (…). Légalement, je ne suis pas son fils puisque, reconnu par une autre femme (juive), celle que mon père épousa en 1949, je suis, pour la loi, né d'elle".

Il passe ses premières années chez une tante, puis, après le mariage de son père, chez celui-ci. A l'école, dit-il, "rien ne m'intéresse". Il obtient néanmoins son baccalauréat, non sans avoir été renvoyé de plusieurs lycées, dont celui d'Evreux, où il a adhéré, en 1959, aux Jeunesses communistes. A dix-neuf ans, il s'inscrit à la Sorbonne et à l'Union des étudiants communistes, où il participe, comme membre du service d'ordre et du comité national de ce mouvement "à l'organisation de la lutte contre les groupements d'extrême droite".

Un an plus tard, ses études abandonnées, il forme le projet de rejoindre une guérilla en Amérique latine et se lie à des étudiants guadeloupéens. Il ne cessera plus de fréquenter les milieux antillais. En avril 1966, il quitte la France pour l'Amérique latine sur un cargo norvégien où il s'est embarqué comme garçon de cuisine. Refoulé à la frontière mexicaine qu'il a tenté de franchir clandestinement, il passe plusieurs jours dans une prison américaine avant de regagner l'Europe. Rentré à Paris, il décide d'échapper à la conscription et quitte la France pour la Havane où il noue des contacts qui, en 1968, le conduiront au Venezuela. Il y passe quatorze mois, dont il écrit : "Nous échouâmes. Nous ne fûmes pas inactifs, mais nous ne parvînmes pas à organiser une nouvelle guérilla, à sauver la lutte armée du déclin mortel où elle se trouvait'.
Il a vingt-cinq ans, vit à Paris et possède une grosse somme d'argent qui doit lui permettre de retourner éventuellement au Venezuela. "Cet argent, je m'en débarrassais en trois semaines, au moyen de dépenses somptuaires ou généreuses (…). Je me préparai donc à commettre des agressions". Lorsqu'il comparaît, le 9 décembre 1974, devant la cour d'assises de Paris, il en reconnaît trois, toutes à main armée. Mais il nie être l'auteur de l'attaque, qui le 19 décembre 1969, a coûté la vie à une pharmacienne et à sa préparatrice, boulevard Richard-Lenoir à Paris. Comme il nie la tentative de meurtre d'un client et d'un gardien de la paix qui tentaient de ceinturer l'agresseur. Malgré ses dénégations, il est condamné à la réclusion criminelle à vie.

Six ans et demi en prison

Au cours de sa détention, il passe avec succès une licence de philosophie et une maîtrise d'espagnol. Il rédige Souvenirs obscurs… dont la publication accroît le malaise qu'a suscité la décision de la cour d'assises de Paris. Outre ses premières années et son itinéraire de militant politique, puis de "gangster", il retrace dans ce livre - et y démontre - les charges qui pèsent contre lui.

Le 20 novembre 1975, la Cour de cassation annule l'arrêt de la cour d'assises de Paris. Le 4 mai 1976, les assises de la Somme, devant lesquelles il comparait à nouveau, le déclarent innocent de l'affaire du boulevard Richard-Lenoir et le condamnent à douze ans de réclusion criminelle pour les trois agressions qu'il a reconnues. Le 5 octobre 1976, il fait l'objet d'une mesure de libération conditionnelle et quitte la prison de Fresnes où il est incarcéré depuis le mois d'avril 1970.

Ses démêlées avec la police ne sont pas terminés. Le gardien Gérard Quinet, aujourd'hui brigadier de police, grièvement blessé au cours de la fusillade du boulevard Richard-Lenoir tente d'obtenir de la justice une saisie-arrêt sur ses droits d'auteur. Il se fonde sur le fait que Pierre Goldman a omis de ses pourvoir en cassation contre l'arrêt civil de la cour d'assises de Paris qui lui accorde des dommages et intérêts d'environ 120 000 francs. Au terme d'une longue procédure, la cour d'appel de Paris avait décidé, le 30 mai dernier, que M. Gérard Quinet était effectivement fondé à lui réclamer cette somme. Pierre Goldman s'était pourvu en cassation il y a une semaine contre cette décision.

Après sa sortie de prison, cet ancien marxiste, militant de l'U.E.C., cet ancien révolutionnaire fasciné par les Caraïbes et l'Amérique latine, ce malfaiteur repenti, avait opté pour une position de "réflexion et de résistance" intellectuelles. Il avait été engagé comme journaliste durant quelques mois puis comme pigiste régulier, au quotidien Libération, où il comptait de nombreux amis.

Là, progressivement, il avait écrit des articles, distillé des idées. "Libération ? C'est le seul journal dans lequel je puisse écrire", disait-il tout en lui reprochant avec violence tel ou tel de ses articles. Car Pierre Goldman, s'il avait "bazardé" peu ou prou un certain marxisme, restait d'un anti-fascisme sans faille. Un article sur la nouvelle droite le heurte profondément, un autre, où il fait référence à Céline aussi. A chaque fois, il tempête, essaie de convaincre de la nécessité d'être vigilant et intransigeant sur ce thème.

Il se met à la rédaction d'un premier roman : L'ordinaire mésaventure d'Archibald Rapoport (Julliard). Il voyage. Il repart vers les Caraïbes, le Venezuela. Il se saoule de créole qu'il parle comme le français, de musique afro-cubaine. "La salsa : du rhum dans les oreilles" est le titre de l'un de ses derniers articles.

Dans le même temps, et dès le début de 1977, Pierre Goldman entre au comité de rédaction de la revue les Temps Modernes dirigée par Jean-Paul Sartre. Tous les quinze jours, il participe aux réunions du comité, assure des permanences. Très prolixe, il parle de l'Amérique latine, d'Israël, de la justice. D'une grande spontanéité, reconnaissant ses contradictions, constamment en recherche et à la recherche de son identité, il reste de gauche.

Directeur de collection chez l'éditeur Ramsay, où il devait publier un essai philosophique, il travaille aussi à un ouvrage collectif sur la nouvelle droite et à un scénario de film sur les immigrés dans la Résistance à Paris. Ces derniers temps, certains de ses proches avaient constaté son inquiétude, "pour les autres", "pour lui".

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