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Une déposition importante d'un policier devant les assises de la Somme. Les armes utilisées par le meurtrier des deux pharmaciennes n'étaient pas celles utilisées habituellement par Pierre Goldman
Le Monde, 29 avril 1976
Article de Francis Cornu
Retranscription de Linda Delozier

Amiens. Il est un principe de droit essentiel selon lequel le doute doit nécessairement profiter à l'accusé. C'est souvent la consolation d'une défense difficile. Le soir du mardi 27 avril, deuxième jour du nouveau procès de Pierre Goldman devant la cour d'assises de la Somme, on a pu se demander si la situation ne se trouvait pas soudainement sur le point de se renverser ("Le Monde" du 28 avril). Le bénéfice du doute n'allait-il pas devenir le dernier recours d'une accusation malmenée ?

Si l'arrêt de la cour d'assises de Paris condamnant Pierre Goldman à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commis trois hold-up qu'il reconnaît et un double meurtre qu'il récuse a été cassé, si ce premier procès est maintenant réputé n'avoir pas eu lieu, l'accusation demeure, et les graves présomptions de culpabilité que celle-ci soutient n'avaient guère été entamées au cours des premières audiences. Or, comparaissant comme témoin à charge, le commissaire Gustave Jobard, qui avait dirigé l'enquête au moment de l'arrestation de Pierre Goldman en avril 1970, a fourni malgré lui à ce dernier, le 27 avril, l'une des indications qui, depuis six ans, lui faisaient singulièrement défaut.

Le commissaire Jobard a en effet confirmé que la police avait obtenu des renseignements sur le compte de Pierre Goldman par l'intermédiaire d'un "indicateur", connu de l'accusé, mais que celui-ci s'est toujours refusé à nommer. Le policier n'a pas voulu admettre que ce sont ces informations précieuses qui ont abouti à l'arrestation de celui qui est accusé des deux meurtres du boulevard Richard-Lenoir en décembre 1969. Mais, l'instruction avait cependant révélé que Pierre Goldman avait été identifié sur "dénonciation".

Pour la défense, Me Georges Kiejman a tout d'abord souligné que la police pouvait avoir une motivation précise de rechercher Pierre Goldman : à cette époque, après les événements de 68, l'agitation persistait et la police - M. Raymond Marcellin étant ministre de l'intérieur - était, selon l'avocat, "très soucieuse d'établir des liens entre l'activité de certains gauchistes et certaines exactions". L'incrimination de Pierre Goldman dans la fusillade du boulevard Richard-Lenoir serait alors située dans cette optique.

Au moment de l'arrestation de l'accusé, deux pistolets, un Herstal 9 millimètres et un Walther P-38 lui appartenant, avaient été découverts par les enquêteurs. Ceux-ci étaient persuadés que ces armes avaient été utilisées dans l'affaire du boulevard Richard-Lenoir. Plusieurs jours après, le résultat d'une analyse de laboratoire devait révéler que le double meurtre avait été très vraisemblablement commis avec des armes totalement différentes, un modèle PA-50 par exemple.

Cependant, ainsi que l'avait déclaré un expert à l'audience précédente, le résultat n'était pas tout à fait certain et l'on pouvait imaginer que Pierre Goldman avait pu posséder un pistolet de ce type et qu'il avait pu s'en débarrasser.

Pas d'autre arme

Le commissaire Jobard, pressé de questions par Me Kiejman, a donc, mardi, sans y prendre vraiment garde, reconnu qu'un "informateur" avait averti son service que Pierre Goldman, qui préparait des agressions à main armée, était bien en possession d'un Herstal et d'un P-38. Ce témoignage devenait ainsi capital et l'avocat s'est empressé de le faire consigner par le greffier, en dépit des objections et de la gène du commissaire qui s'apercevait de l'importance de sa déclaration. Celle-ci confirme donc une précédente indication et laisse entendre que Pierre Goldman ne possédait pas d'autre arme et n'a donc pu s'en servir.

Cette déposition absolument nouvelle, faite au tout dernier moment de l'audience, place désormais la défense de Pierre Goldman dans une situation bien meilleure. Elle demandera toutefois à être éclairée, sinon, confirmée, dans la suite des débats, afin d'apparaître plus sûrement déterminante puisque ce qu'elle signifie va à l'encontre de la plupart des témoignages des personnes qui se trouvaient boulevard Richard-Lenoir le 19 décembre 1969 : que presque toutes ont reconnu Pierre Goldman comme l'agresseur des deux pharmaciennes tuées dans leur officine.

On a, d'autre part, entendu M. Gérard Quinet, gardien de la paix, qui avait tenté d'arrêter l'agresseur et qui avait été grièvement blessé de plusieurs balles de pistolet. C'est le témoin principal ; il est toujours aussi catégorique : "Je suis affirmatif, je reconnais en Goldman mon agresseur". Il n'en a pas moins commis d'étranges lapsus, comme cela avait été le cas lors du premier procès, au sujet des méthodes de reconnaissance employées par les enquêteurs pour permettre aux témoins d'identifier Goldman parmi un groupe d'autres personnes.

A ce propos, Pierre Goldman prétend qu'on ne pouvait que le désigner, étant donné son aspect - "mal rasé, mal habillé" - qui le distinguait du groupe. Dans ces procédures, chaque personne porte un numéro, et M. Quinet avait déclaré - malencontreusement - lors du premier procès : "J'ai désigné Pierre Goldman d'après le numéro qu'on m'avait indiqué". Aujourd'hui, M. Quinet est toujours moins "affirmatif" qu'embarrassé. Pierre Goldman soutient que, parmi les policiers recrutés pour l'occasion, il ne pouvait qu'avoir l'air d'un "malfaiteur". M. Quinet déclare : "On me l'a présenté parmi un tas de malfaiteurs…, puis il bredouille et se reprend aussitôt : … ou de policiers."

Un témoignage catégorique

On a, d'autre part, noté de multiples variations et contradictions parmi les divers témoignages entendus le 27 avril, et les avocats de la défense n'ont pas et de peine à obtenir que certains témoins se déclarent moins sûrs d'eux.

Mais le témoignage du docteur Roger Pluvinage, qui habitait au-dessus de la pharmacie est, lui aussi, toujours aussi catégorique, "trop" selon la défense. En effet, bien qu'il se soit trouvé à plusieurs dizaines de mètres de la scène, au deuxième étage de l'immeuble, le docteur Pluvinage continue de fournir un luxe de détails et de précisions étonnants, six ans après le double meurtre. Il affirme, par exemple : "J'ai eu immédiatement l'attention attirée par son visage aux yeux profondément enfoncés…"

Devant une hésitation soudaine et imprévue du docteur Pluvinage, Pierre Goldman, qui prétend que tous ces témoignages, si concordants et si incertains à la fois, ont été orientés, s'est brusquement emporté. Ce qui devait entraîner un vif incident entre l'accusé et l'un des avocats de M. Quinet, partie civile. Hors de lui, Pierre Goldman a traité Me Henri-René Garraud de "fasciste" et de "raciste" tandis que ce dernier devait confirmer, contre tout principe, qu'il était significatif que l'accusé ait déjà été reconnu coupable tant par la chambre d'accusation que par la cour d'assises de Paris. Pierre Goldman devait retirer ses propos et la cour devait prendre acte que Me Garraud n'avait pas le droit de faire de telles déclarations.

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